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Une croissance différenciée des territoires

Alors qu’une forte croissance démographique concerne l’Ille-et-Vilaine, les conditions et les effets du développement sont toutefois différentes selon les secteurs.

Le département d’Ille-et-Vilaine est attractif, il présente un taux de croissance positif de sa population. Selon les prévisions de l’INSEE il devrait, en 2040, figurer dans les 10 départements présentant l’indice de vieillesse le plus faible. Les perspectives de construction et donc d’évolution des paysages sont importantes.

Les années 2000 ont été celles de la croissance répartie, avec des taux importants sur quasiment l’ensemble du département hormis quelques exceptions (Rennes, Saint Malo-Dinard, secteur d’Antrain, de Louvigné-du-Désert). Les communes des aires urbaines, celles proches des grands axes existants ou nouvellement mis en œuvre comme la A 84 ou le début de la deux fois deux voies de Rennes-Redon, présentent des soldes migratoires très positifs. Dans ces mêmes communes, tout comme dans le reste du département, l’accueil de nouvelles populations et la compensation du desserrement familial se sont traduits par une production notable de logements, traduisant l’effet de péri-urbanisation.

Des dynamiques de croissance contrastées

La structure départementale induit des dynamiques de croissance (et donc de transformation des paysages) modulées selon les secteurs : - Au centre du département, la métropole rennaise et son importante aire d’influence - Les grands axes routiers en place - Les axes routiers en cours de travaux - Les secteurs « entre les axes » - Le littoral.

La couronne rennaise

Rennes bénéficie d’un projet de développement pensé globalement, mis en œuvre avec constance sur une longue période. Ce projet est en grande partie porté par une réelle ambition de paysage global (unité de paysage définie par la rocade, grande coulée verte d’agglomération, articulation de la reconquête des bords de Vilaine avec un projet structurant d’espaces publics, déclinaison du développement durable à l’échelle des quartiers, mobilisation des populations…). La politique de la "Ville-Archipel" a par ailleurs permis de structurer les interrelations paysagères entre Rennes et les communes de sa périphérie.

Celles-ci mutent en « villettes » en capitalisant leur attractivité résidentielle très forte. Cette attractivité permet de mobiliser le marché du collectif pour structurer des quartiers résidentiels nouveaux aux caractères identifiables (les ZAC rennaises) et pour renforcer les centres-bourgs. La démarche de projet global engagée est souvent exemplaire. Il commence toutefois à se poser la question des limites de la politique de développement limité de ces communes et du maintien des ruptures paysagères entre communes interdisant toute conurbation. Au-delà du cercle des « villettes », les communes périurbaines bénéficient d’une attractivité résidentielle qui, jusqu’à présent, a peu mobilisé le marché du collectif.

C’est un matériel à mieux développer, en accord avec les acteurs du marché. Ce matériel urbain et paysager, associé au travail de densification attendu des tissus centraux ou des zones pavillonnaires déjà implantées depuis une trentaine d’années, doit faire l’objet d’une attention paysagère particulière sur son potentiel de modification des paysages en place et des espaces publics.

Les communes de la Vilaine et de la Seiche

La densification attendue du tissu résidentiel des communes péri-urbaines de la couronne rennaise élargie fait naître une attente forte d’éléments de nature accessible. La Vilaine, comme la Seiche, sont des traits d’union entre des communes qui sont à même de donner une unité de caractère et de services à bon nombre d'entre elles. Les abords de ces rivières, l’accessibilité à ceux-ci, les usages envisageables, leur mobilisation comme interface entre limites urbaines et espaces agro-naturels doivent être un levier de projet et un trait structurant du projet paysager d’ensemble de la couronne rennaise élargie.

Les faisceaux des axes routiers existants

Une « étoile » de routes à deux fois deux voies relie Rennes aux villes voisines (Saint-Malo, Caen, Le Mans, Nantes, Vannes, Saint-Brieuc). Ce réseau dense contribue à générer des faisceaux de développement le long des routes, à proximité des échangeurs, dans les communes facilement reliées aux axes. Les axes routiers constituant également des points de vue très fréquentés, la qualité du paysage donné à voir constitue un enjeu, nécessitant une approche coordonnée pour chacun des axes.

L'exemple des communes entre Rennes et Saint-Malo, desservies depuis la voie express RD 137

Ces communes ont connu une augmentation importante de population. Elles offrent, par leur localisation, l’opportunité de disposer d’un habitat proche à mi-chemin du trait de côte et du pôle d’emplois de l’agglomération rennaise. Nombre d'entre elles sont impactées par le développement linéaire. La perception des limites depuis la deux fois deux voies et depuis le canal sont des enjeux importants.

Hormis le foncier densifiable de l'urbanisation linéaire développée depuis les années 1970 et celui des centres-bourg, ces communes présentent un tissu résidentiel récent s’organisant déjà selon un modèle de couronne pavillonnaire. Leur attractivité permettrait de motiver des projets de plusieurs dizaines de logements, ne faisant qu’accroître cette situation.

L'exemple des communes entre Liffré et Fougères, desservies par l’autoroute A84

Leur croissance démographique récente est la conséquence d’une accessibilité facilitée par la création de l’A84. Un foncier moins cher que sur les communes situées entre Rennes et Liffré a pu motiver les nombreux choix d’implantation résidentielle. Leur localisation entre Fougères et Liffré leur permet par ailleurs de disposer d’une offre de services commerçants importante, renforcée à Saint-Brice-en-Coglès et Saint-Aubin-du-Cormier.

A l’image des situations entre Rennes et Saint-Malo, ces communes si l'on excepte les pôles d’équilibre de Saint-Brice-en-Cogles ou de Saint-Aubin-du-Cormier, ne présentent pas de marché d’habitat collectif. Les développements résidentiels tendent principalement à mobiliser le modèle de l’habitat individuel, dont l’habitat groupé. Là encore, ces communes se sont « organisées » en centre-bourg et couronne résidentielle. Leur marché de l’habitat doit être l’occasion de composer un paysage global réfléchi.

Les communes impactées par le développement des deux fois deux voies

La transformation à deux fois deux voies des axes Rennes-Redon (RD 177), et Rennes-Angers (RD 41) permet de réduire les distances-temps domicile-travail. Ainsi, sur un trajet Rennes-Coesmes, le temps de déplacement a été réduit de plus de dix minutes grâce aux travaux de voirie réalisés ces dernières années. Bénéficiant désormais d’une bonne attractivité routière, couplée à une offre de transport ferroviaire, ces communes qui disposent de valeurs foncières attractives, risquent d’être soumises à une forte pression immobilière.

Pour autant, en exceptant les pôles urbains d’équilibre comme Janzé, le marché du collectif y est très limité, voire impossible à mobiliser. Ces communes présentent par ailleurs un potentiel de densification limité et difficilement mobilisable. Il est important d’encadrer cette attractivité résidentielle pour qu’elle serve un projet de renforcement des centres-bourgs et qu’elle ne vienne pas accroître les désordres de la banalisation. Sur l’axe Rennes-Redon, l’attractivité induite par l’amélioration de la desserte, est amplifiée par la présence des très beaux paysages des landes, des bords de Vilaine et par l’existence de voies ferrées. A l’image de Saint-Malo-de-Phily, ces communes dont le marché résidentiel principal reste celui du lot individuel, peuvent motiver des projets d’importance, à impacts paysagers forts.

Les communes du Sud-Est

Affectées dans une moindre mesure par une attractivité résidentielle relative, ces communes vont bénéficier d’une amélioration des conditions de desserte avec la mise à deux fois deux voies de l’axe Rennes-Angers. Pour autant les distances-temps avec les grands pôles d’emplois resteront importantes. Les points d’appui économiques sur les départements riverains étant limités, ces communes pourraient connaître un marché résidentiel local composé de petites opérations. Là encore, l’impérieuse nécessité d’attirer une nouvelle population ne doit pas faire passer l’enjeu paysager au second plan.

Entre les axes, une attractivité plus relative

A l’écart des grands axes, les territoires ne présentent pas un aussi grand intérêt pour la péri-urbanisation, et tendent à conserver les caractères de paysages ruraux, structurés par de petites villes qui concentrent les services.

Les communes à attractivité résidentielle relative du Nord

Les communes du nord de Fougères s’inscrivent dans un secteur couvrant une partie de l’Orne et de la Manche qui peine à attirer les populations nouvelles. Sur ces communes et malgré la baisse de la population, le marché de l’habitat continue cependant à produire du logement et donc des motifs d’évolution des paysages. Plus atomisé, ce marché de l’immobilier résidentiel, pourrait faire l’objet d’une moindre exigence paysagère ou urbaine, considérant que la priorité est d’attirer une nouvelle population. Cette politique a déjà conduit dans certains cas à un émiettement du tissu et à des désordres fonctionnels ou paysagers importants.

Il est important que les projets résidentiels, qui sont impératifs et qui doivent être facilités, soient pour autant, le plus en amont possible, planifiés, pré-localisés pour qu’ils servent le projet de renforcement de l’attractivité paysagère qui peut être un levier de croissance. Les communes du secteur d’Antrain, pâtissent quant à elles, d’une accessibilité routière plus difficile et d’un dynamisme relatif des territoires connexes de la Manche. Là aussi, la nécessité d’accueillir une nouvelle population, la multiplication des petites opérations, représentent un risque réel d’augmentation des désordres.

Des bourgs encore ruraux, en secteur de moindre attractivité résidentielle

Le département a fait l’objet d’une augmentation importante de son parc résidentiel. La grande majorité des communes a été concernée par ce phénomène, et nombre de petits bourgs à l’image d’Ossé, de Pocé-les-Bois ont profondément changé. Sur les territoires moins attractifs, il reste quelques bourgs préservés des effets de la péri-urbanisation. Certains, à l’image du Châtelier ont fait l’objet d’une réflexion paysagère et urbaine permettant d’intégrer les développements résidentiels de faible ampleur et limitant leur potentiel de déstructuration de l’organisation et du paysage initial et de son rapport à l’espace agro-naturel connexe.

D’autres, comme Noyal-sous-Bazouges, n’ont fait l’objet que de développements résidentiels très limités, préservant une grande part de leur intérêt urbain, architectural et paysager. Ces bourgs sont à considérer comme des « pépites », des « survivants », un patrimoine commun à préserver dans une dynamique de projet global concerté, n’interdisant pas le développement, mais le subordonnant à des impératifs de valorisation paysagère et urbaine.

La métropolisation rurale

A l’image de Monfort-sur-Meu, de Saint-Méen ou de Janzé, on a assisté au développement d’agglomérations d’équilibre en secteur rural. Les modèles urbains développés y sont souvent les mêmes. Ils associent des paysages de zones commerciales périphériques desservies depuis des voies de contournement. De nouveaux quartiers s’y sont développés reprenant des codes des ZAC rennaises lorsque ces villes en sont proches, ou développant de vastes lotissements comme à Bain-de-Bretagne. Ces agglomérations bénéficient d’un potentiel de densification important et, en même temps, disposent généralement d’un tissu central patrimonial. Leur site d’implantation offre souvent un cadre intéressant (vallée du Meu, bourg sommital de Bain-de-Bretagne, situation de Dol-de-Bretagne sur le rebord du marais).

Aussi elles devraient faire l’objet d’une attention paysagère particulière au regard de l’ampleur des projets économiques, d’équipements ou de logements qu’elles sont susceptibles de développer et qui vont mobiliser un foncier très important, et par conséquent d'un potentiel de désordres à limiter.

Le littoral

Le département dispose là d’un ensemble de sites remarquables qui ne peuvent pas être appréhendés de façon unitaire. La partie ouest, jusqu’à Cancale, est incluse dans le périmètre du projet de Parc naturel régional (PNR) Rance-Côte d’Émeraude. A l’est, les enjeux patrimoniaux de la baie du Mont-saint-Michel motivent actuellement, en 2014, l’élaboration de dispositions de protection et de gestion (périmètre de protection modifié (PPM), site classé, périmètre de submersion marine) qui ne sont pas encore finalisées.

Sur l’ensemble de ces territoires, il est impératif que la contextualisation paysagère soit le moteur premier du développement bâti. Qu’il s’agisse des communes de la digue, du marais, et de ses rebords, des bords de Rance ou du littoral, du Clos Poulet, les paysages y ont une telle intensité et une telle valeur économique et culturelle collective, qu’ils doivent imposer une réflexion paysagère préalable des impacts des développements projetés sur l’identité même de ces espaces. Même si le binôme urbain Dinard-Saint-Malo a connu une baisse d’attractivité démographique, ces communes bénéficient toujours d’un marché résidentiel très dynamique en partie porté par l’économie touristique et la desserte TGV. Les développements de zones d’activités y sont aussi importants.