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Une évolution modérée des paysages perçus du département

L’évolution des paysages, perçues par les Brétilliens, se rapporte à l’évolution de l’individu plutôt qu’à celle de l’environnement qui l’entoure. Ils l’associent à leurs propres comportements et à leur disponibilité. Ils la lisent à une « échelle humaine ».

Ils magnifient un rapport affectif et intime au paysage de nature. Aussi, ils minimisent l’incidence des transformations de leur environnement et l’importance des communications sociales sur leur regard.

Une évolution perçue rapprochée des individus

66 % des enquêtés par questionnaire estiment que le paysage de l’Ille-et-Vilaine a globalement changé au cours des dix dernières années. L’évolution perçue des paysages est corrélée à l’âge des répondants. A l’exception du plus jeune des interviewés, les personnes interviewées, elles aussi, parlent de l’importance de leur âge, de leur histoire et de leurs expériences de paysages, et, pour celles qui sont aujourd’hui à la retraite, du temps dont elles disposent, qui leur permet d’être « plus sensibles au paysage» (note) aujourd’hui.

« (…) le matin, il y a de la brume avec deux chevaux, toc, voilà (…) C’est aussi un rapport, un retour à l’enfance, un monde un peu moins moderne, un peu moins pressé, un peu plus posé. Je trouve que le matin, on va au travail, on voit ce paysage là, ouf, voilà. Les paysages comme ça un peu figés, un peu calmes, ça fait prendre plus la mesure du temps qui passe. Autrement, on est dans un monde de courses et, le matin, moi, ça, ça me repose.» Elu communautaire du Pays de Redon

Ainsi, les personnes enquêtées associent principalement l’évolution des paysages à leur propre évolution, plutôt qu’à l’évolution de leur environnement.

Plusieurs de nos interlocuteurs évoquent des dynamiques territoriales à l’échelle de l’Ille-et-Vilaine. Pourtant, ils ne considèrent pas une évolution des paysages à cette échelle. L’observation de changements se joue, selon eux, à une échelle réduite, que certains qualifient d’humaine.

Pour la même raison, les élus et les acteurs environnementalistes expliquent que si les éléments de nature sont reconnus comme motifs de paysage, leur évolution a peu d’incidence sur l’évolution des paysages. Les professionnels expliquent que la multiplication des actions de préservation et de valorisation environnementales sont visibles, mais ils reconnaissent qu’il faut un œil avisé pour les observer. Les élus ajoutent que ces changements sont très lents, a fortiori dans un rapport au temps qui, dans notre société, s’accélère.

Les évolutions de l’environnement n’influe sur l’évolution des paysages que lorsqu’ils sont lus à une échelle spatiale et temporelle se rapportant à l’individu.

Aussi, certains élus estiment que seuls des changements brutaux, instantanés et étendus, de notre environnement pourraient conduire à des changements du paysage. Ils citent, à titre d’exemple, une transformation radicale de la production agricole ; mais ne parlent pas d’objet urbain.

« Si brutalement, par exemple, on rayait de la carte la production laitière de l’Ille-et-Vilaine ; qu’il n’y ait plus d’herbes, mais que des céréales, ça changerait le paysage. Si on décidait que tous les prés seraient mis en forêt, on changerait le paysage. (…) Je ne suis pas sûr que mon paysage ait changé parce qu’on a abattu l’arbre qui était devant chez moi ou ma haie ; je n’appelle pas ça du paysage, mais du cadre de vie local. » Elu communautaire du Pays de Rennes

Nous avons interrogés les Brétilliens sur les principaux motifs de l’évolution des paysages parmi une liste proposée (note). Le plus grand nombre retient la construction de logements, presque autant que la constructions de zones commerciales ou d’activités, (respectivement cités par 61 % et 59 % des répondants). Les éléments urbains contemporains qui ne sont pas considérés comme faisant partie des paysages du département apparaissent ici prédominant dans la lecture de leur changement.

Plus que les changements environnementaux, le rythme de leur progression est déterminant de leur inscription paysagère. Si les changements progressifs permettent de construire du paysage, les changements brutaux conduisent à prendre conscience des paysages existants.

Bien qu’arrivant en troisième position parmi les réponses, les pratiques agricoles ne sont citées que par un tiers des répondants. Leur importance est pourtant soulignée par la plupart des personnes interviewées qui déclarent que « les agriculteurs façonnent le paysage ». Les enquêtés les plus âgés se distinguent ; dans ce sens, ils évoquent plus souvent que la moyenne des répondants l’évolution des pratiques agricoles, mais également les mesures de protection de l’environnement, dans leur lecture de l’évolution des paysages. Les personnes d’âge actif « installées » (de 45 à 60 ans) retiennent plus souvent que les autres les modes de déplacements. Les plus jeunes des répondants considèrent en particulier les modes de consommation. Les pratiques et usages sont rapprochés des motifs de l’évolution des paysages.

Selon les tranches d’âge, il est intéressant de noter que les répondants retiennent leurs propres pratiques ou usages comme motifs d’évolution des paysages.

Une fragilité des paysages mal identifiée

Le choix de la photo qui représente le paysage qui semble le plus fragile (note) est la question qui disperse le plus les répondants. Les réponses ne sont pas liées au capital socio-culturel ou à la manière d’habiter (pays lieu de résidence et type de commune), mais, là encore, elles sont corrélées à l’âge et au lieu de pratiques de loisirs.

Les personnes interviewées parlent peu de fragilité des paysages ; elles associent plutôt ce terme à la nature » ou à la qualité écologique de l’environnement. Considérant la qualité « du cadre de vie », plusieurs élus s’inquiètent de la fragilisation des paysages ordinaires, communs, qui sont ceux quotidiens de la plupart des Brétilliens, et auquel on apporte moins d’attention que les paysages extraordinaires, emblématiques.

D’ailleurs, les paysages « urbains » (centres anciens ou quartiers récents) et « périurbains » (note) (routes de campagne marquant le lien entre l’espace rural et l’espace urbain) sont les moins cités comme étant fragiles ; alors qu’ils sont ceux qui sont considérés comme ayant le plus changé.

Viennent ensuite les sites de loisirs ou assimilés (le paysage de la forêt, celui de la base de loisirs) et les lieux de tourisme (la baie du Mont Saint-Michel, les landes de Paimpont, la vallée de la Vilaine). Bien que ces derniers lieux correspondent aux lieux emblématiques relevés par l’enquête, la baie du Mont Saint-Michel fait exception ici car elle a peu été relevée, par les répondants, parmi les paysages qui parlent le mieux de l’Ille-et-Vilaine.

Les paysages les plus cités comme étant les plus fragiles retiennent la présence de l’eau, puis l’espace agricole. Après le « littoral préservé » (note), le « canal d’Ille-et-Rance » figure avant le « bocage d’Ille-et-Vilaine ». Si ces premiers paysages sont essentiellement décrit en fonction de leur caractère de « nature », l’ordre de réponses montre la fragilisation d’une nature telle que modelée par les répondants ; où la présence de l’eau reflète la quiétude, la pureté, la biodiversité, la qualité, et le bord de l’eau sous-entend les activités ludiques, le repos, le grand air. Le paysage bocager renvoie ensuite à une certaine harmonie entre la nature et son exploitation par l’homme, à une agriculture paysanne liée à son environnement.

Les paysages considérés comme les plus fragiles sont, non pas ceux qui ont subi le plus de changements au cours des dernières années, mais ceux qui sont associés à une nature bienveillante.

Les élus et les autres acteurs des paysages estiment que des clés de lectures sont nécessaires pour comprendre et ainsi se préoccuper des paysages. La plupart parlent là d’éducation et de sensibilisation à l’environnement ; réduisant déjà le paysage à l’environnement.

Si la fragilité des paysages est mal identifiée, il est cependant intéressant de souligner l’importance de « l’eau ». Cet objet sensible est relevé par les habitants questionnés qui retiennent sa seule présence comme constitutive d’un paysage, quel qu’en soit le cadre. Les acteurs interviewés considèrent la préservation de la qualité de l’eau comme l’un des principaux objectifs de la « reconstruction du paysage ».

L’incidence des communications sociales minimisée

Le paysage est fonction des représentations, culturelles et sociales, que nous avons de notre environnement. L’analyse des représentations culturelles rapporte qu’elles ont peu évolué depuis le milieu du XIXème siècle, que ce soit dans la peinture, la littérature ou le cinéma. Les personnes rencontrées (note), elles, mettent en avant l’héritage de leur regard sur les paysages. Elles racontent fréquemment le souvenir d’une expérience partagée avec un parent.

La similitude des paysages emblématiques relevés par les Bretilliens enquêtés et par l’analyse iconographique laisserait à penser que les représentations sociales des paysages ont peu changé.

Pourtant, certains interviewés observent aujourd’hui l’influence des grands médias, qui éloignent d’une approche sensorielle, singulière et locale, des paysages. Ils évoquent la communication touristique qui focalise les lieux (principalement littoraux) et le temps (de loisirs) des paysages emblématiques.

Des acteurs locaux du tourisme, et des sports associés, ont à cœur de parler des sites moins médiatisés et fréquentés que le littoral. Ils lient leur intérêt à la richesse de leur patrimoine ancien (note) et à la possibilité de pratiques active de loisirs. Aussi, ils considèrent l’accessibilité et la lisibilité des lieux qu’ils retiennent. Ces acteurs mettent en avant l’individu dans la découverte du site. Les brochures touristiques présentent des personnages comme sujet. Les parcours sont dessinés pour la pratique d’activités physiques (marche à pied, randonnée, cyclisme, équitation, …). Les visiteurs, à travers les guides (papier, application numérique ou personne) sont invités à des actions qui éveillent le rapport au lieu (regarder, chercher, interroger).

Des environnementalistes développent des actions pédagogiques pour éduquer à l’environnement naturel, en privilégiant l’environnement proche du public (même urbain) à la qualité du milieu observé. Ils considèrent là un plus fort intérêt du public.

L’action environnementale ou écologique, rapprochées des actions paysagères, tend à confondre les deux. Aussi, les élus interrogés évoquent plus que les autres habitants interrogés la présence de l’arbre dans le paysage du fait de l’actualité de l’action Breizh Bocage (note). Certains y introduisent la Trame Verte et Bleu comme élément du paysage, alors qu’elle est un repérage cartographique de corridors écologiques, de voies d’eau et/ou de linéaires bocagers.

Les élus mentionnent peu ou pas le cadre législatif qui impose un volet Paysage aux projets d’aménagements urbains. Cependant, ils considèrent que les lotissements pavillonnaires qui, jadis, signifiaient le dynamisme de la commune, ne s’inscrivent plus dans le paysage de la commune. Ils mettent en avant les aménagements de chemins végétalisés. Ils parlent de réhabilitation, de préservation ou de restauration du patrimoine ancien bâti ou naturel. Ils décrivent ou espèrent que ces actions engendrent du lien social et un attachement à leur commune.

« Je pense qu’on devient sensible. Mais il faut du temps, parce que les représentations que l’on a de la croissance d’une commune ou du paysage ne sont pas les mêmes en 2012 qu’il y a 10 ou 20 ans. » Pays des Vallons de Vilaine

Les acteurs locaux rencontrés parlent peu en termes de paysage de leurs actions. Ils semblent minimiser leur incidence sur les représentations des paysages alors que leur communication influe sur les connaissances, les pratiques, ou les lectures de l’environnement des Brétilliens.