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Périurbanisation : d’importants effets sur le paysage

Depuis les années 1950, les territoires d’Ille-et-Vilaine sont fortement marqués par les formes et l’ampleur du développement urbain. Étalement, consommation de terres agricoles et naturelles, banalisation par les formes urbaines et architecturales, faible articulation à l’existant, affaiblissement des centres-bourgs, les effets de ces formes sur le paysage sont plutôt négatifs.

Depuis les années 1950 et encore aujourd’hui, à l’exception de certaines agglomérations ayant privilégié des formes urbaines concentrées, les développements urbains ont majoritairement mobilisé des modèles à faible plus-values et forts impacts paysagers. L’usage, pour l’habitat ou l’activité, de la procédure de lotissement aux seules fins de division foncière, sans réflexion sur les formes paysagère et urbaines produites, l’urbanisme de réseaux, la généralisation d’un habitat de faible qualité architecturale autant dans sa forme que dans ses implantations et rapport au site, ont conduit notamment à une banalisation des périphéries alors que les centres anciens conservaient leur singularité.

La prise de conscience ces dix dernières années de la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique et la raréfaction des terres agricoles, a amené à modifier la législation s’appliquant à l’élaboration des documents de planification et d’urbanisme. L’objectif d’un développement durable y est clairement affiché, impliquant un moindre impact environnemental dans l’acte d’aménager.

Pour autant, si les schémas de cohérence territoriale (SCOT) ou les plans locaux de l’habitat (PLH) prônent à juste titre un urbanisme plus dense, plus réfléchi, le paysage périurbain d’aujourd’hui est celui produit ces 60 dernières années pendant lesquelles un volume considérable de bâti a été construit. Cet héritage, massif, est durable. Aussi, l’urbanisation à venir ne pourra représenter qu’une petite proportion de ce qui, depuis 1950, a été généré.

La perte de lisibilité des structures paysagères

Les formes d’urbanisation peu dense ont consommé, enclavé, rendu plus difficile l’exploitation d’importantes quantités de terres agricoles et naturelles en couronne autour des centres initiaux ou le long des routes et, ponctuellement, ont mité les campagnes. Les effets sont multiples. Ils sont paysagers notamment, en termes de relation au site d'implantation, au cadre agro-naturel et au centre initial, de perceptions, mais aussi en termes économiques. L’augmentation des constructions à proximité d’espaces agricoles accroît les périmètres d’éloignement entre les logements et les bâtiments agricoles.

Les pavillons construits isolément dans des paysages agricoles et naturels provoquent leur mitage : la cohérence et le caractère des cadres sont fragilisés et les sites perdent de leur authenticité. C’est particulièrement dommage dans le cas de Saint-Just, où la présence des mégalithes instaure une ambiance de paysage intemporel.

Une relation au site affaiblie

L'emprise urbaine s'étend beaucoup et, outre qu'elle consomme des terres agricoles, instaure de nouvelles relations avec son site d'implantation initial. Il arrive souvent qu'en grandissant, les villes débordent des contours initialement dessinés par les éléments du "socle naturel", principalement les reliefs, les cours d’eau, les haies bocagères, les bois...

Ce débordement sans accroche au site, dû notamment à une approche en plan qui tend à ignorer le cadre physique et la topographie, a fait perdre un des principaux caractères paysagers des localités, le fait de faire corps avec un lieu déterminé et identifié.

Une gestion négligée des interfaces

La couronne d'extension induit par ailleurs une structure nouvelle des localités. Schématiquement, le centre ancien est ceinturé par une couronne de développements récents parfois au contact du cadre agro-naturel, parfois dissociée de celui-ci par une route de contournement.

Outre des morphologies qui diffèrent entre centre ancien et tissu périphérique (implantations, volumétries et typologies des bâtiments, clôtures, matériaux, nature et usage des espaces publics, profils de voies), on note une absence de réflexion sur le traitement des interfaces avec le tissu ancien ou les espaces agro-naturels. Il en résulte souvent une rupture assez brusque qui tend à morceler l'espace.

Les limites urbaines : une absence de référence et de représentations

Alors que les anciens bourgs s'entouraient souvent d'une couronne de jardins, ce sont maintenant les lotissements et les zones d'activité qui sont au contact des cultures, des pâtures ou des routes. Ce contact est souvent brusque, sans traitement spécifique, du fait d’une absence de réflexion sur la perception de la limite urbaine, bien qu'il s'agisse d'un lieu en soi.

Ces limites sont d’autant plus importantes qu’elles participent à la qualification de la perception des bourgs : la première vision qu’on en a est désormais celle des pavillons des extensions urbaines, des arrières de parcelles, des cabanons ou des bâtiments d'activité. L’image du bourg, si importante dans l’expression de son identité, est ainsi directement affectée par des opérations conçues sans conscience de leurs effets.

Ces deux exemples d’évolution des structures urbaines de tailles différentes depuis les années 1950 à Janzé (8 200 habitants) et Bréteil (3 500 habitants), présentent cependant les similarités d’une structure devenue très fréquente : autour du centre initial, relativement concentré, s’est étendue une couronne de lotissements et d’activités, doublée, dans le cas de Janzé, d’une route de contournement qui constitue la limite physique avec le cadre agro-naturel. Cette route est aussi un potentiel point de vue sur la ville.

Les densités variables entre le centre et les périphéries, créent des distorsions dans les tissus En travaillant sur les densités et le renouvellement de tissus existants, il serait envisageable de réparer ces distorsions, en privilégiant par exemple la densification des centres-bourgs, des interfaces pas trop brusques, ou des axes structurants.

Échangeurs et abords de voies rapides déclinent les mêmes modèles banalisés

L’échangeur est un point de passage obligé. Ce point de concentration des flux qui gère l’interface entre le bourg et la voie rapide, est devenu le support d’une offre artisanale et commerciale. En entrée de bourg et le long des voies rapides, de part et d’autres de ces échangeurs, se développent des espaces bâtis souvent sans identité, des formes peu différenciées d'un site à l'autre.

Ce phénomène crée surtout l’effacement des différences entre la périphérie des grandes agglomérations et celle des bourgs ou des villages. Les mêmes enseignes s’y retrouvent, accentuant ainsi l’impression d’une péri-urbanisation généralisée.

Des centres-bourg fragilisés

Les centres bourgs sortent affaiblis par 60 ans d’urbanisation. Vidés d’une grande part de leurs commerces, composés de bâtis anciens répondant peu aux standards actuels « de la maison idéale » (pas de garages, petits jardins, façades directes sur la rue...), les bourgs peinent à exister. Restent la mairie, l’école parfois, un ou deux commerces, des activités de loisirs. Souvent il est le seul lieu « à identité » quand les lotissements, les développements le long des routes ou le mitage se ressemblent.

Le centre bourg est ainsi un capital que nombre de communes ont tenté de préserver en aménageant les espaces publics, en réhabilitant des bâtiments publics, parfois en subventionnant le dernier commerce dans l’objectif de limiter leur perte d’attractivité. Les aménagements de l’espace public peuvent aussi tendre à unifier les ambiances, et répéter les formes et les matériaux niant les différences entre périphérie des villes ou zones de campagne.

A l’opposé de ces bourgs ruraux dont la valeur fédératrice et l’animation se fragilisent, certains centres de communes péri-urbaines connaissent un renouveau spectaculaire permis par un marché de l’habitat collectif porteur.