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L’importance des paysages agricoles perçus par les Brétilliens

Des premières représentations des paysages naissent, dans l’Antiquité Grecque, de l’admiration des espaces cultivés par l’homme, de la lecture de l’équilibre du rapport entre l’homme et la nature.

En ce début de XIXème siècle, en Ille-et-Vilaine, le paysage continue d’être associé de façon prépondérante à l’espace agricole.

Si le paysage agricole perdure et se développe autour des espaces urbanisés, il tend à s’éloigner dans les espaces d’activités agricoles plus éloignés. L’agriculture devient plus performante pour rester productive, et mieux répondre aux demandes des consommateurs.

Dans quelle mesure la demande sociale et le besoin écologique peuvent-ils motiver le maintien de paysages agricoles ?

Le paysage agricole bocager attaché au département

L’image du bocage agricole

Le paysage agricole bocager est le principal paysage attaché à l’ensemble de l’Ille-et-Vilaine par la plupart des Brétilliens enquêtés. Il correspond à l’origine rurale qui marque l’identité du territoire départemental pour une part de la population, plutôt sédentaire et âgée, et au cadre campagnard recherché pour une autre part, plutôt mobile et plus jeune. La présence du bocage pour les premiers, celle des arbres qui marquent les contrastes du relief pour les seconds, sont majeurs dans ce paysage.

L’importance de ce paysage est accentuée par la fragilisation de cet environnement, marquée par sa rapide et massive transformation dans le cadre des remembrements des dernières décennies. Elle est aussi marquée par l’actualité des actions visant à la restauration et à la création de haies bocagères menées par l’ensemble des communautés de communes du département, mobilisant principalement la Région, les Communautés de communes et les exploitants agricoles. Ces acteurs rencontrés utilisent les termes de « recomposition » et de « réparation du paysage agricole ».

Une deuxième photographie proposée d’un paysage d’une « une exploitation agricole aujourd’hui » figure aussi parmi les premières retenues. Ainsi, la pratique agricole est une composante importante du paysage de l’Ille-et-Vilaine. Rappelons que l’agriculture représente 16 % des établissements actifs du département et sa Surface Agricole Utile regroupe 66 % de la superficie du département. L’Ille-et-Vilaine est le premier département en termes de production de lait et de viande bovine. « Quand j’étais petit, je comptais les vaches dans les champs en passant en voiture, mes gamins comptent les vaches en passant en voiture. » Elu communautaire du Pays de Rennes

Une distinction des espaces agricoles en fonction des types de production

Si le paysage agricole bocager caractérise le paysage du département, les habitants observent un maillage bocager plus à moins dense, du nord â€"est au sud du département. Cette distinction de l’espace agricole correspond à la répartition de la production en Ille-et-Vilaine.

La carte régionale ci-dessous permet d’observer distinctement les particularités de l’espace de production agricole de l’Ille-et-Vilaine. Le maillage plus dense dans le secteur de Fougères, pour l’essentiel, est celui des prairies des vaches pour la production laitière. Dans le reste du territoire, le polyélevage est complété par de grandes cultures céréalières ; plus importantes pour un large secteur au nord ouest et au sud est du département.

Le littoral brétillien se distingue par ses cultures maraichères dans la zone malouine et les polders de la baie du Mont Saint-Michel, favorisée par un climat plus tempéré et un sol calcaire et sableux. Dans le marais de Dol, l’élevage hors sol et les cultures sont adaptés à l’humidité du sol. Les habitants du secteur soulignent ces particularités, signifiées par l’absence de bocage dans la zone malouine, le plat et l’étendue des marais, les digues des polders, et le rapport à la baie de cet ensemble.

Des distinctions sont rapprochées des caractéristiques du sol et du relief, la plupart des acteurs rencontrés originaires de ces secteurs racontent également l’histoire de l’économie locale et son incidence sur le développement de l’agriculture à cet endroit.

« A partir du moment où vous avez des axes structurants comme l’axe Vitré ou Paris-Saint-Brieuc, les outils économiques se développent là aussi, ils s’implantent là. Et quand ils se développent là, la production n’est aussi pas loin ; on est tout de suite dans une logique de développement performant, intensif, ce qui a permis effectivement cet aménagement foncier. » Acteur économique

Aussi, certains exploitants remarquent que si les plus âgés d’entre eux sont sensibles au traitement du bocage parce qu’ils ont vécu le remembrement, la plupart des exploitants aujourd’hui considèrent le paysage agricole du département plus ouvert que celui considéré par le reste des habitants.

Le développement de la productivité des exploitations agricoles

Les conditions d’une agriculture performante

L’agriculture de l’Ille-et-Vilaine observe le développement des grandes cultures au détriment de l’élevage.

Les exploitants agricoles rencontrés expliquent l’importance des orientations politiques dans la détermination des orientations agricoles du fait d’un système subventionné qui fonctionne par prime en fonction des productions et superficies agricoles. Le revenu de la production est détaché du sol.

Ainsi, les cultures s’étendent même sur des sols pauvres qui, jadis étaient boisés, ou des sols humides qui étaient laissés au pâturage.

Certains agriculteurs apprécient ce paysage de la productivité, auquel ils accordent au-delà de sa composante pratique essentielle, une certaine esthétique. Cependant l’espace agricole tend à une certaine monotonie ; contraire à la mosaïque appréciée du paysage.

« En tant qu’agriculteur, j’aimais bien voir les champs de blé quand ils commencent à pousser, quand on voit les lignes de blé, etc. Le maïs quand il est tout petit. C’est très bien aussi quand on voit les alignements qui sont faits, c'est-à-dire le travail de précision des gens qui ont semé toutes ces cultures. Je trouve que c’est très beau dans le décor, le paysage du pays de Fougères ; qui est très orienté vers la production laitière comme vous avez surement entendu dire. » Elu communautaire du Pays de Fougères

Les engins et outils agricoles permettent de s’affranchir des contraintes du relief, de la nature des sols. Leur surdimensionnement contraint la taille des parcelles et l’alignement des plantations de l’espace cultivé. Il a une incidence sur l’ensemble de l’exploitation agricole, avec des bâtiments massifs dans des matériaux peu esthétiques. Un exploitant raconte qu’il a vu une coupe de 12 mètres de large au dernier Comice agricole, un autre explique que les bâtiments de 1500 m2 sont aujourd’hui fréquents dans l’agriculture.

« Une grosse machine veut dire beaucoup de remorques, il faut que tout soit en rapport, ça veut dire aussi une exploitation qui soit suffisamment organisée pour recevoir du gros matériel, des gros tracteurs, une grosse remorque pour pouvoir manœuvrer dans les silos. Il faut des silos qui soient très grands. Tout pousse pour que les parcelles soient plus grandes et que les exploitations soient adaptées à ce gigantisme. C’est ce qui se passe depuis 40 ans, 50 ans. » Pays de Fougères

Ces machines font aussi une découpe géométrique et sans distinction des végétaux.

On s’éloigne de l’admiration du travail agricole à partir de la main de l’homme qui dessine le paysage.

Agrandir les exploitations est considéré comme une nécessité par la plupart des agriculteurs. Aussi, les exploitants tendent à regrouper leurs exploitations. Les restructurations parcellaires justifient l’abattage de haies. Les formes sociétaires se développent, et la propriété de la terre se détache de l’individu (propriétaire autrefois de la terre dont il avait hérité et qu’il souhaitait transmettre).

Cette distanciation est également physique, puisque du fait de la superficie croissante des surfaces agricoles par exploitation, les parcelles agricoles ne se trouvent plus qu’autour des sièges d’exploitation. Les agriculteurs apportent un certain soin au cadre paysager de leur lieu de vie, ils y ont souvent réalisé un aménagement paysager, notamment par la plantation d’arbres autour des bâtiments agricoles. Les parcelles, dédiées à l’élevage, donc en prairie, se trouvent à proximité des exploitations. Les exploitants se soucient peu des paysages des grandes étendues de culture qui se trouvent à distance.

Si le terme n’est plus politiquement correct, la nécessité d’une agriculture intensive, ou performante, est argumentée par les perspectives de croissance démographiques qui entraineront une augmentation des besoins en produits alimentaires dans un contexte de réduction de l’espace agricole.

« En 2050, on sera plus de 9 milliards sur terre, et aujourd’hui on a 75 ares pour nourrir une personne, en 2050, on aura 15 ares par personne. Alors ils ont intérêt les agriculteurs d’être performant s’ils veulent nourrir tout le monde. Je pense qu’on ira vers des pénuries de nourriture. » Elu communautaire du Pays de Rennes

La diversification des produits de l’agriculture

Parmi les principaux motifs d’évolution des paysages au cours des dix dernières années, 33 % retiennent les pratiques agricoles et 6 % les modes de consommation. Les exploitants agricoles rencontrés dénoncent le manque de conscience du rapport entre la consommation alimentaire et l’évolution de l’espace agricole.

Ils observent la distance du consommateur de l’approvisionnement en nourriture. Elle rend les revenus de l’agriculteur fortement dépendant de l’économie de l’agroalimentaire qui impose ses conditions.

« Aujourd’hui, ce qui s’impose ce sont des systèmes qui viennent de plus haut. Comme je vous disais, c’est l’agroalimentaire par rapport à l’agriculture, ce n’est plus l’agriculteur. L’agriculteur sur ces 100 hectares, il n’a plus d’autonomie, l’autre va imposer immédiatement sa façon de produire, etc. pour avoir cette matière première, donc il est foutu, même lui n’aura pas cette liberté. » Elu communautaire du Pays de Vitré

Les consommateurs méconnaissent les ressources nécessaires à la production des produits qu’ils consomment. L’approvisionnement des divers produits toute l’année demande de mobiliser des ressources naturelles et énergétiques importantes. L’exigence de produits parfaits nécessite d’aseptiser l’environnement de leur production. Ainsi, les grandes cultures de céréales sont nécessaires pour nourrir les animaux et assurer l’offre permanente de viandes sur les étales. Le développement des serres assure la production de fruits et légumes (saisonniers) toute l’année. La limitation des éléments autour de la plante permet de réduire le risque d’endommager la formation parfaite de son fruit.

« On est plutôt embêté pour certaines cultures légumières par les feuilles, ou à une certaine époque, les fleurs de peupliers. Si elles tombent dans un cœur de laitue ou de salade, c’est embêtant parce qu’après, vous êtes obligé de l’enlever un par un. Et à la coopérative, quand le légume arrive, s’il a des feuilles de peupliers, il est renvoyé. » Elu communautaire du Pays de Saint-Malo

L’exigence de produits de qualité et de respect de l’environnement naturel profite au développement de la production biologique. Considérant des plus petites productions, elle tend à une plus grande qualité paysagère (au vu des paysages tels qu’ils sont perçus par les habitants (note)). Mais cela reste fragile, à l’exemple d’un petit agriculteur bio qui me rapportait hier encore qu’il donne à ses amis ou met au compost ses concombres tordus parce que le grossiste auquel il vend sa production n’en veut pas parce qu’il ne les vendra pas.

La production de bois énergie est un nouveau débouché pour l’agriculture et concoure à la reconstitution du paysage actuel de l’agriculture. Cette filière en devenir ne présente pas pour le moment un intérêt économique suffisant. L’entretien des arbres représente un coût financier et un travail pénible pour un revenu encore limité.

La prise en compte des espaces agro-naturels par l’agriculture

Des espaces délaissés

Si le bocage caractérise le paysage de l’Ille-et-Vilaine, son intérêt écologique est minimisé par les exploitants face aux contraintes économiques qu’il représente. Il gène les manœuvres d’engins agricoles dont les coûts est élevé. Il a peu de valeur dans les échanges parcellaires, il peut mettre être pénalisant du fait qu’il limite les possibilité d’agrandissement. Aussi, s’il peut l’être (en l’absence de protection réglementaire), il est, la plupart du temps, abattu. Quelques exploitants, les plus âgés ou les jeunes qui reprennent l’exploitation de leurs parents, le conservent par endroit « pour le paysage ».

« C’est un travail très manuel alors que aujourd’hui l’agriculture, c’est un travail très mécanisée. » Acteur économique

Le nombre des prairies, a fortiori des prairies permanentes, diminue du fait de la baisse de la production bovine, mais aussi de la mise en stabule des vaches. Celle-ci est expliquée par les exploitants rencontrés par la réglementation qui limite désormais le nombre de journées de pâturage dans les prairies. En l’absence d’exploitation agricole, les prairies des vallées s’appauvrissent et se ferment à la biodiversité (note) (surtout où les reliefs sont les plus accidentés). La question de la déprise agricole est soulevée par plusieurs interlocuteurs du monde agricole au cours de notre enquête.

Des pratiques d’adaptation peu visibles

La mise en stabule des vaches est une des évolutions des pratiques de l’agriculture pour s’adapter aux contraintes environnementales.

Des problèmes d’érosion et de rendement des terres agricoles conduisent à une prise de conscience de l’enjeu de qualité agronomique pour l’agriculture. Des actions de sensibilisation et d’information sont mises en place par les pouvoirs publics, par la Chambre d’Agriculture et des associations d’agriculteurs. Elles visent la reconquête de la qualité de l’eau, la biodiversité du sol, et la structuration du maillage bocager. Des exploitants s’impliquent, souvent de manière bénévole, dans des organisations de réflexion et d’action comme Breizh Bocage ou les syndicats de Bassins Versants.

« Pour qu’on règle tous ces problèmes environnementaux de façon durable et sans remettre en cause notre économie départementale avec ses productions et l’emploi qu’il y a derrière, évidemment, il faut que l’agriculteur se réapproprie l’agronomie, c'est-à-dire le bon usage du sol. » Acteur économique

Sur les terres agricoles, si la plantation de haies bocagères est souvent citée par les élus agriculteurs, le recul sur les berges de rivières par la réalisation de bandes enherbées semble la plus importante évolution récente de l’espace agricole. Elle est ainsi considérée comme un geste agro-environnemental pour les uns, un impact sur la productivité de la terre agricole pour les autres.

« C’est plus faire un blocage entre l’activité de labour et le cours d’eau. Ce n’est pas directement les animaux. S’il vient un orage, vous pouvez avoir de la terre, après un semi de maïs et de l’engrais qui a été semé, qui s’en va directement dans le cours d’eau. Quand on met une bande enherbée, ça fait un peu le sas, où ça bloque un certain nombre de choses. » Elu communautaire du Pays de Fougères

En Ille-et-Vilaine, l’agriculture développe de nouvelles façons de cultiver la terre. Le sol est moins profondément travaillé, au vu de la capacité des racines des plantes cultivées à descendre en profondeur pour se nourrir. Cela permet la formation de couverts végétaux qui limitent le lessivage des terrains en hiver lorsqu’il pleut.

« Les limaces n’aiment pas toutes les plantes. Il faut bien qu’elles se nourrissent, donc il plante deux ou trois autres plantes en même temps. Donc, le temps que la plante qu’il veut récolter pousse, les limaces mangent les autres. Tout ça, c’est des nouvelles techniques qui font qu’il y a moins de préjudice sur la qualité de l’eau, moins de gazole, il y a beaucoup d’avantages, et le sol, on l’entretient pour nous, mais pour les générations qui vont suivre. » Elu communautaire du Pays de Rennes

Les traitements par les pesticides sont réduits, notamment par l’utilisation de plantes qui vont attirer les prédateurs et ainsi les éloigner des cultures.

« C’est vrai qu’il y a une dizaine d’années, on sentait tout de suite que les gens étaient en train de faire des traitements, parce qu’on les respirait. Aujourd’hui, ça n’est plus ça. » Elu communautaire du Pays de Brocéliande

Si ces mesures agro-environnementales améliorent la qualité du sol, ces changements sont peu visibles pour des « non-initiés » dans l’espace agricole, et n’ont pas d’incidence a fortiori sur le paysage agricole.

L’agriculture périurbaine

L’enjeu du paysage agricole se lit dans le rapprochement, de l’urbanisation et du consommateur, de l’espace agricole.

La Charte Agriculture et Urbanisme, signée en juillet dernier, relève les enjeux de la préservation des espaces et des activités agricoles.

Fig. : Couverture de la Charte Agriculture et Urbanisme, pour un aménagement durable du territoire d’Ille-et-Vilaine, cosignée par l’Etat, le Conseil général, l’association des Maires d’Ille-et-Vilaine, et les Chambres consulaires de l’agriculture, de l’industrie, des métiers et de l’artisanat , en juillet 2011.

La périurbanisation de l’agriculture

Le développement périurbain s’est accentué dans un contexte de pression urbaine et de fluctuation de la valeur du parcellaire agricole entre 1980 et 2000. Il a conduit au mitage de l’espace agricole et à la mixité dans les hameaux jusqu’ici presque exclusivement agricoles. Il a entrainé une diversification des catégories socio-professionnelles à la campagne. Les exploitants agricoles, de moins en moins isolés, se sont aussi imprégnés des pratiques urbaines.

« Les nouveaux exploitants agricoles connaissent ce qu’ont pratiqué leurs parents, leurs grands-parents. Mais ils commencent à avoir une connotation urbaine par les médias, par le qu’en-dira-t-on. Parce que les zones rurales, les bourgs ruraux, les exploitants sont ultra minoritaires, alors qu’ils sont confrontés à un regard, au regard de la société sur ce qu’ils font. » Acteur économique

Aujourd’hui, la réduction de la superficie dédiée à l’agriculture se poursuit. Représentant 446 381 ha, soit près de 4 464 km2 en 2010, la Surface Agricole Utile (SAU) a diminué de 6 % de la SAU entre 1988 et 2000 (soit 291 km2), puis de 4 % entre 2000 et 2010 (192 km2). L’extension urbaine pénalise doublement l’agriculture puisque c’est à la limite des bourgs et des villages que se trouvaient jadis les plus belles terres sur lesquelles nos aïeuls avaient choisi de s’installer.

« On est en train d’utiliser les bonnes terres de Bretagne pour faire du béton, du goudron et des ateliers » Elu communautaire du Pays de Saint-Malo

Si le parcellaire est plus facilement racheté pour l’activité agricole, le nombre de sièges d’exploitation lui aussi diminue. Aussi la SAU par exploitation continue de croître.

L’espace agricole est confronté à un nouveau mitage : celui des activités de loisirs. Les demandes de particuliers de petite parcelle pour y mettre leur cheval ou autre animal domestique se multiplient. Le phénomène est particulièrement visible sur le littoral et le rétro-littoral, où la demande est plus importante, et les agriculteurs, moins nombreux, exploitent de grandes superficies, et vendent plus facilement des terres de moins bonne qualité. Sur le littoral, l’impact paysager est fort, puisque apparaissent des haies de broussailles dans un paysage agricole maraîcher, distingué à l’échelle du département par l’absence de ces haies.

« Les chevaux ont remplacé les vaches dans le paysage et ce n’est pas anodin, parce que le cheval est lié au plaisir et à l’équitation etc, etc, la vache est liée au lait, à la production agricole. » Acteur des collectivités

La demande progresse également sur le reste du département. Les espaces naturels dédiés se multiplient pour la promenade, la randonnée, la découverte, ou la préservation de poches ou de continuité écologiques. Ils pénètrent ou se confondent avec l’espace agricole pour la plupart des habitants, ce qui n’est pas sans poser quelques tensions ou conflits d’usage.

« Les exploitations agricoles se sont transformées, ne sont plus accueillantes. Vous ne pouvez plus vous promener, … Alors, on repart un petit peu à l’inverse en faisant des chemins de randonnées, des choses comme ça. Mais aujourd’hui, il est très difficile de se promener dans la campagne. Vous vous promenez sur des petites routes, mais vous ne vous promenez plus sur des chemins. » Elu communautaire du Pays de Vitré

Désormais l’urbanisation est réglementée dans le cadre du Plan Local d’Urbanisme. Il considère selon le code de l’Urbanisme (art. L.121-1 et L.123-1) : « l’équilibre entre le renouvellement urbain, un développement urbain maîtrisé, la restructuration des espaces urbanisés, le développement de l’espace rural, d’une part, et la préservation des espaces affectés aux activités agricoles et forestières et la protection des espaces naturels et paysagers, d’autre part, en respectant les objectifs du développement durable ».

Les zones agricoles sont strictement délimitées. Les bâtiments agricoles sont construits en retrait pour limiter le voisinage avec des tiers non-agriculteurs. Les exploitants ont souvent commencé là, et en bordure de routes, à mettre les arbres qu’on les a incité à planter ; qui cachent aujourd’hui champs et bâtiments agricoles. Si les prairies temporaires se sont maintenues autour des espaces urbanisés, les grandes cultures sont développées à distance des espaces urbanisés. Aussi, l’essentiel de l’espace de production agricole reste éloigné.

La campagne vitrine de l’agriculture

Désireux de vivre à la campagne, les urbains apprécient de se rapprocher de la ruralité en s’installant en dehors de la ville. Le rapprochement du consommateur permet aussi de nouveaux débouchés pour les exploitants agricoles.

« C’est aussi agréable pour ceux qui vivent dans le village, de voir aussi les animaux, parce qu’il ne faut pas non plus tout cacher. C’est pour ça qu’il faut réfléchir là où on place nos haies. » Acteur économique

Aussi les circuits courts de vente des produits agricoles s’organisent et se développent. Des manifestations sont organisées comme les randonnées gourmandes, les agriculteurs participent à de l’évènementiel comme les Journées du Patrimoine. L’accueil et la vente à la ferme ouvrent les portes de l’exploitation. Certains diversifient leur activité par le tourisme avec des chambres d’hôtes, des gîtes à la ferme ou des fermes auberge. Ils mettent en avant les atouts de la proximité de sites touristiques importants à proximité quelque soit l’endroit du département, et la qualité du patrimoine bâti agricole (manoirs, fermes) qui donne envie d’y séjourner. Les personnes qui en parlent observent que les touristes ne sont pas très curieux d’une connaissance de l’activité agricole, c’est plutôt consommer des produits de la ferme qui les intéresse.

Un grand nombre des acteurs interviewés ou rencontrés parlent de l’intérêt de rendre visible une certaine agriculture, finalement celle qui conforte les paysages agricoles tels qu’ils sont perçus par les habitants.

L’enjeu du maintien d’un paysage agricole

Il n’est pas rare d’entendre une personne qui a choisi d’habiter en campagne, regretter que le paysage, alors choisi, ait changé par la pratique de l’exploitant de la parcelle voisine de la maison.

« Avant, c’était un superbe paysage de bois, de talus, en l’espace de huit jours, tout a été abattu. C’est un agriculteur… Maintenant c’est une plaine de 12 hectares dans le même champ, sans arbre, c’est un peu différent, mais bon. » Elu communautaire du Pays de Brocéliande

La plupart des acteurs rencontrés considèrent que les agriculteurs façonnent le paysage. Leur renvoyant cette responsabilité, ils marquent l’importance de l’espace agricole face à la concentration urbaine. Ils parlent de coupures vertes, d’un jardin du périurbain. Ils évoquent l’intérêt pédagogique de rapprocher la production du consommateur et de valoriser ainsi l’alimentation comme un besoin essentiel. Ils considèrent le bien-être associé à cette proximité. Ils parlent aussi bien sûr de continuité écologique.

La demande sociale de paysage agricole s’oppose à la fonctionnalité et à la productivité recherchée de l’espace agricole par ses exploitants. Aussi, la reconnaissance de la responsabilité de l’agriculteur met en jeu la qualité paysagère.

« On ne va pas reconstruire un paysage avec une culture intensive. On n’y arrivera pas. La mécanique aura le dessus. » Acteur environnementaliste

Au niveau de l’Ille-et-Vilaine, la réflexion et les actions concertées avec les agriculteurs vont dans le sens. Mais basées essentiellement sur le bénévolat, ce dernier risque de s’épuiser du fait du manque de temps en dehors de l’activité agricole (le nombre des exploitants diminuant, l’augmentation de la taille des exploitations se poursuivra). La nouvelle Politique Agricole Commune (PAC) devrait aller dans le sens d’une reconnaissance financière, avec l’attribution de subventions en fonction de la part de « zone naturelle » de l’exploitation.