Haut de page

Vous êtes ici

Les implantations en lien avec le socle naturel

Avec la réflexion sur le développement durable, la lutte contre le réchauffement climatique, l’utilisation de l’énergie renouvelable, la question des implantations revient sur le devant de la scène de l’urbanisme. Il en va de même de l’utilisation de ressources locales dans le cadre de déplacements courts, valorisant les savoir-faire. Ces préoccupations d’orientation, d’articulation avec l’espace agro-naturel sont au fondement des implantations des constructions agricoles anciennes isolées dans l’espace rural, des hameaux ou des bourgs. Tous ces objets architecturaux ou urbains ne font pour autant paysage ou ne sont pas des motifs paysagers. <\h6>

L’ancrage au lieu : le fait d’un bâti ancien, isolé, attaché à l’économie agricole

Châteaux et manoirs : un motif paysager encore bien présent

Longtemps, l’économie agricole ne pouvait s’entendre sans son corollaire tutélaire, le manoir ou le château, lieu de résidence ou de plaisance du propriétaire foncier. Pour signifier son autorité, l’architecture se double d’une composition paysagère usant de la masse boisée, de l’allée cavalière, la prairie dégagée, la perspective ordonnée. Mur de clôture, bâtiments annexes, grille, rendent présente une architecture souvent peu visible.

Le bâti isolé agricole : une organisation rationnelle et efficace

Le bâti isolé agricole ancien s’organise à partir de trois facteurs clé, l’orientation par rapport au soleil et aux vents, la topographie, l’accès. L’exposition au sud de la façade principale est une constante forte qu’on retrouve de tous temps, tout comme l’exigence d’une protection contre les vents dominants ou l’humidité. L’implantation à mi-pente ou en fond de vallée non inondable et peu humide sera donc privilégiée. Jusqu’au XIXe siècle, la surface bâtie close, associée au logement était la plus répandue, qu’il s’agisse d’un logis à fonction unique (l’habitat), à un ou deux étages, ou d’un logis à fonctions multiples contiguës ou superposées. Les surfaces exploitées limitées, le peu de matériel, le nombre réduit de têtes de bétail (deux vaches le plus souvent), nécessitaient peu de volumes secondaires. Construits avec des moyens limités, en bois principalement, parfois associés à la terre ou quelques blocs de pierre, ces volumes secondaires ont souvent disparu. Ils participaient à l’organisation d’une aire de service.

Au XIXe siècle, les effets conjugués du souci de productivité associé au développement industriel, celui du machinisme, l’utilisation du chaulage et de l’amendement vont permettre d’accroître les surfaces exploitées et d’augmenter la production agricole. La structure des exploitations antérieures au XIXe siècle va souvent se trouver inadaptée et leur nombre insuffisant. Certaines vont être restructurées, d’autres vont être doublées, à faible distance d’une exploitation complémentaire. On retrouve ainsi souvent la Haute et la Basse, la Grande et la Petite, avec pour chacune d’elle, une organisation en plan différente. L’exploitation du XIXe siècle se distingue par un plan plus ordonné, des volumes bâtis plus importants, la généralisation du modèle de la longère composé de fonctions associées (le logis à fonction multiple superposé est abandonné). Des modèles spécifiques de fermes modèles verront le jour. Les plus célèbres sont les fermes dites « Lariboisière » du nom du propriétaire terrien ayant développé ce modèle pour ses fermiers, notamment sur la commune de Louvigné-du-Désert.

L’habitat groupé en hameau, la position du bâti par rapport à la voie : une logique qui fait paysage

Deux grands modèles sont présents sur le territoire d’Ille-et-Vilaine, le « hameau grappe » et le « hameau rue ». La différence entre les deux tient à la position du bâti par rapport à la voie. Le paysage qui en découle sera très différent.

Le « hameau grappe »

Le bâti s’implante assez directement le long de la voie, sans recul affirmé, et sans clôture. Les longères se présentent avec un pignon sur la voie de desserte, tandis que les façades se développent perpendiculairement, au soleil et à l’abri de la circulation. La formule permet d’optimiser la voie de desserte. Ce modèle rationnel, dynamique et efficace n’a pas été repris dans les aménagements des années passées, évincé par celui de l’implantation au centre d’une parcelle isolée et clôturée… La perspective axée de la voie accentue l’effet de paroi rythmée par la succession des plans des façades des constructions implantées en pignon sur voie. La position des pignons génère un effet « porte » et au hameau une valeur de lieu.

Le « hameau rue »

A la différence du « hameau grappe » qui ne présente pas de différence d’implantation d’une rive à l’autre de la voie de desserte, le « hameau rue » présente une différence notable. Les constructions implantées en rive sud de la voie sont le plus souvent en limite de celle-ci ou en léger recul. Elles forment un front bâti structurant. Les constructions implantées en rive nord de la voie, présentent des retraits plus importants pour ménager un espace privatif entre la voie et la façade sud de la construction. Pour privatiser cet espace, sans avoir recours à la seule clôture, la longère peut être complétée de bâtis en retour, d’annexes, refermant l’espace du jardin ou de la cour.

Des désordres qui conduisent à classifier le village et le hameau

Classifier les villages (note) et les hameaux (note) est devenu un préalable de tout document d’urbanisme réglementaire, comme le PLU. Cette classification est une réponse au double constat d’une dégradation structurelle et paysagère des hameaux et d’une forte consommation d’espace et d’énergie que représente l’habitat, isolé sur le territoire rural. Les critères les plus utilisés dans le cadre de cette classification sont ceux du nombre de constructions, de leur époque de réalisation et de la présence d’un lieu de vie en commun. Plus petit que le village, composé comme lui d’une majorité de bâtis anciens implantés traditionnellement, le hameau ne présente pas de lieu de vie en commun comme une place, un commerce, un service public. La différence est souvent délicate à établir et relève d’une appréciation des spécificités locales.

Les bourgs : une typologie liée à la topographie

Les bourgs, issus des anciennes paroisses ou de leur division, sont les formes les plus agglomérées de tissu urbain du secteur rural. Socle de l’identité communale, ils ont connu, sauf à quelques exceptions près, une forte mutation de leur paysage. La capacité qu’ils ont aujourd’hui à « faire paysage » tient ainsi au mode d’implantation de la structure initiale dans son site et aux modèles d’expansion qui sont venus s’y greffer.

Les bourgs vont occuper des positions topographiques différentes. De celles-ci découleront une identité propre ainsi que des conditions spécifiques de développement. La typologie du bourg sera également définie par la position de l’église dans le site. ainsi que par leur fonction d’origine (port, site défensif…). La typologie dépendra également d’une fonction spécifique, le port ou le site défensif du bourg castral. Le bourg sommital Au sommet d’une colline, il est au minimum perceptible par son clocher qui troue les masses boisées et ponctue le ciel départemental. En raison de la topographie relativement vallonnée du département, ce modèle est très présent. Le bourg se perçoit de loin, en volume, permettant de lire la totalité des phases de construction. Le développement pavillonnaire y est très impactant. Son ampleur y est particulièrement visible, tout comme son uniformité.

Le bourg perché

Déclinaison du modèle sommital, il est attaché à une topographie plus prononcée d’un des versant. L’église est souvent implantée en rive de l’abrupt.

Le bourg de coteau ou étagé

Sa particularité est d’avoir une église implantée à mi-pente. Il apparaît moins polarisé.

Le bourg de vallée

Son implantation est directement liée à la nature du profil de la vallée et de la distance entre le pied du coteau et la rive de la rivière ou du ruisseau. On retrouve derrière ce vocable des situations assez contrastées.

Le bourg castral

Le bourg castral est un motif particulier dont l’impact paysager tient à sa motivation première, voir et être vu. Il associe ainsi un site et l’architecture défensive d’un château. Très souvent en hauteur, avec des aplombs, des zones humides imposant un retrait et ainsi une vue particulière, le bourg se présente comme à Bécherel ou Hédé sous forme de ville circonscrite.

Le bourg rue

Très présent le long de la digue de la duchesse Anne, le « bourg rue » se caractérise par une implantation rigoureuse du bâti, en fronts parallèles à la digue. Cette organisation spécifique témoigne d’un souci d’économie de l’espace productif du marais et d’une relation vivrière avec celui-ci.

Le bourg port

Le bourg port est une typologie composite. Le port, en partie basse du site, se développe tel un bourg de vallée, sur un espace plan entre le pied de coteau et la limite du quai. A cette entité productive s’est ajoutée une entité villageoise sur le plateau ou sur le coteau comme à Saint-Suliac.

La ville balnéaire

Le modèle de la ville balnéaire a pour centre de gravité, le front de mer et comme site d’implantation, une anse pittoresque. La ville balnéaire est ainsi une « création » de la fin du XIXe siècle. Elle se surimpose à un bourg rural existant qui perd son statut de noyau identitaire référent.

La ville balnéaire est structurée par un projet urbain global qui use des modèles du lotissement, du boulevard, du motif de la gare. Les côtes d’Ille-et-Vilaine sont propices à l’implantation de villes balnéaires puisqu’elles offrent le cadre pittoresque des anses. Ce pittoresque sera accentué par l’implantation à Dinard ou Saint-Lunaire, de villas sur les falaises, mobilisant un vocabulaire varié de jardins, de murs de soutènement architecturant la falaise. A cette ville balnéaire structurée est venue se greffer, dans l’arrière-pays, une nappe résidentielle informe.

----