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Le regard des artistes : peinture, littérature et cinéma

Peintres, écrivains, poètes et cinéastes ont, depuis le début du XIXe siècle, participé à la constitution d'un imaginaire des paysages, ou plus précisément, de certains paysages d'Ille-et-Vilaine. Car, sans surprise, comme c'est le cas partout en Bretagne, la mer et la côte ont davantage attiré les artistes que la campagne et les villes. Dans le vaste ensemble de ces représentations, la littérature a tenu une place particulière en raison notamment de la notoriété des auteurs qui ont vécu, séjourné ou simplement traversé les paysages du département, avec en tête Chateaubriand Hugo ou Colette. Si l'ensemble de ces références sont riches et fécondes et sont, de plus, largement utilisées par la promotion touristique, la question reste aujourd'hui celle de leur renouvellement. Elle trouve un début de réponse dans le cinéma et certaines initiatives locales alliant paysage, art et littérature.

Le regard des peintres aimanté par la côte

Bien avant le XIXe siècle, le mont Saint-Michel, Saint-Malo et sa baie, sont des sujets réguliers de la peinture et la gravure. Mais c’est à partir du milieu du XIXe siècle, et du développement des stations balnéaires, que les peintres fixent les paysages emblématiques du département. Eugène Isabey, Paul Signac, Émile Bernard, Pablo Picasso, Mathurin Méheut ou Yvonne Jean-Haffen…, les beautés de la côte, du mont Saint-Michel à Saint-Briac, en passant par Saint-Malo et Dinard vont, grâce à ces artistes, être connues et reconnues bien au-delà des frontières départementales et nationales.

Les paysages d’Eugène Isabey (1803-1886) sont fortement imprégnés de romantisme. Sauf exception quand les sujets sont précisément les remparts de Saint-Malo ou la tombe de Chateaubriand, le peintre tourne résolument son regard vers une mer étonnamment vide de bateaux (contrairement aux images plus anciennes où la ville et sa baie sont toujours représentées pleines d’activités) ou vers des plages sur lesquelles les cabines de bains n’ont pas encore été installées… Plus tard les impressionnistes et leurs successeurs peindront une côte plus vivante et plus gaie. La palette des couleurs sera éclaircie et réchauffée et la référence balnéaire ou nautique de plus en plus fréquente.

Saint-Malo, Combourg, Dol, Fougères, Brocéliande… des paysages transcendés par la littérature

La renommée des auteurs fait la force des images mentales

Les lieux d’Ille-et-Vilaine qui ont inspiré les écrivains sont moins variés que ceux des peintres. Mais certains textes, comme ceux de Madame de Sévigné, de Chateaubriand (Mémoires d’outre tombe), de Victor Hugo (Quatre-vingt-treize…) ou de Balzac (Les Chouans), figurent au panthéon de la littérature française. Aussi, les sites de Combourg, Saint-Malo, Fougères ou Vitré, les forêts et les châteaux, fidèlement décrits ou simplement évoqués, sont-ils investis d’images mentales dont la force est proportionnelle à la renommée de leurs auteurs.

Châteaubriand et le romantisme, ressources inépuisables

Chateaubriand occupe dans l’imaginaire breton, et plus particulièrement en Ille-et-Vilaine, une place particulière. Avec ses évocations de Saint-Malo et de Combourg, où il passe respectivement son enfance et son adolescence, ses descriptions poétiques, ses épanchements intimes, ses décors quasi-fantastiques, il construit des représentations qui ont profondément marqué ses contemporains (note) et l'imaginaire collectif. Remparts de Saint-Malo battus par la tempête, grèves où déferlent les flots, sombres tours du château de Combourg dominant des chênes séculaires, pierres levées sur des landes déserte, jusqu’à sa tombe qu'il choisit d'édifier sur l'îlot désert du grand Bé, seul dans la mort, face à la mer… ; les images créées par Chateaubriand sont celles d’une Bretagne désolée et sauvage, donc intrinsèquement romantique (note).

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D’autres écrivains ont aussi contribué à construire des images différentes des paysages du département. Colette, par exemple, qui décrit dans plusieurs de ses romans, dont le célèbre Le blé en herbe, les ambiances légères de villégiature balnéaire des années 1920 et 1930, inspirées de ses séjours réguliers dans sa maison de vacances de Saint-Coulomb ; Jean Guéhénno, né à Fougères et académicien, qui évoque les paysages plus intérieurs de sa région natale jusqu’à ceux de la baie du Mont-Saint-Michel qu’il parcourt régulièrement.

Brocéliande, inséparable de sa légende

http://www.atlasdespaysages-morbihan.fr/] Contes et légendes de Brocéliande, Claudine Glot et Marie Tanneux, Ouest-France, 2002">

Dans cette « géographie littéraire », la forêt de Brocéliande est un phénomène hors norme. Intrinsèquement associée à la légende arthurienne qui, depuis le Moyen Âge, a produit une quantité incalculable d’œuvres de fiction dans tous les domaines (littérature, cinéma, musique, BD…) dont le succès ne s’est jamais démenti. Ses paysages sont, et de manière très vivante aujourd’hui, reliés à cet imaginaire.

Les références moins prestigieuses sont également convoquées

Si les références littéraires jouent ainsi un rôle très important dans la perception de certains des sites et des paysages d’Ille-et-Vilaine les plus connus, elles sont aussi très présentes dans l'espace public de sites moins prestigieux ou évoqués par des auteurs moins connus. La promotion touristique, plus particulièrement les guides, s’y réfère assez fréquemment.

Mais, s’agissant le plus souvent de textes du XIXe siècle ou du début du XXe siècle, leur rapport avec la réalité des paysages est parfois devenu difficilement perceptible. Aussi, ces références peuvent-elles s’avérer passablement décevantes. A la décharge des promoteurs des territoires, il y a, semble-t-il, une réelle difficulté à trouver des textes littéraires contemporains (note) pouvant rivaliser, dans leur pouvoir d’évocation et dans leur notoriété, avec ceux des auteurs du passé. Quelques écrivains pourtant se sont attachés à faire de l’espace, du territoire, du paysage un sujet d’écriture. On peut citer par exemple l'auteur, philosophe et professeur à l'école de paysage de Blois, Jean-Claude Bailly qui, dans l'ouvrage Le dépaysement (note) entreprend de "raconter" la France à travers l'appréhension de ses paysages qu'il dit vouloir saisir par une "coupe mobile". Mais, encore peu nombreux ou trop méconnus, leur influence sur les images et les représentations des paysages en général, et ceux d’Ille-et-Vilaine en particulier reste faible.

La côte, un décor de cinéma

Le cinéma est présent en Ille-et-Vilaine dès la naissance du septième art, à la fin du XIXe siècle. Un des premiers films tournés en Bretagne représente un panorama en quittant le port de Dinard et le lancement d’une barque de pêche à Saint-Malo (note). Ensuite, les cinéastes vont trouver sur la côte, le décor de mélodrames folkloristes.

« La Bretagne, pour les cinéastes du début du [XXe] siècle, ce sont de rudes paysages s’abîmant dans les falaises battues par la mer qui semblent inviter à la chute (et l’on ne compte pas les films où, volontairement ou non, les personnages sont précipités au bas des rochers par le désespoir ou l’imprudence). C’est aussi l’opposition sans cesse redite entre le marin et le terrien, la mythologie du départ de l’homme en mer et de son corollaire, l’infidélité de celle qui reste et qui ne sait pas l’attendre. » nous dit Denise Delouche.

La Bretagne et l’Ille-et-Vilaine sont aussi sollicitées par les cinéastes comme décors de grandes reconstitutions historiques ou adaptations littéraires. Mais, à partir des années 1950, les tournages de films de villégiature et de vacances deviennent majoritaires. Sans surprise, le cinéma, comme les autres arts, renvoie par ses décors et par les thèmes qu’il traite, au grand déséquilibre entre Bretagne littorale et Bretagne intérieure. C’est l’imaginaire pittoresque des ports, des plages, des îles, des rochers qui, dans le cinéma comme dans la peinture, s’impose.