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Des protections et de la valorisation de la naturalité du paysage perçues par les habitants

Les Bretilliens considèrent la permanence des paysages de nature ; parce que ce sont les éléments de nature qu’ils recherchent dans les paysages et parce que ces éléments ornent les espaces qu’ils habitent ou parcourent quotidiennement. Cette nature plantée, foisonnante dans et autour de la ville, s’opposent à la fragilisation que les spécialistes observent et donnent à voir dans les espaces dits naturels et agro-naturels. Si le paysage est un vecteur de biodiversité, le maintien de la diversité de la composition nécessite la reconnaissance de son caractère construit et de son lien aux pratiques de consommation.

 

La permanence des paysages de nature

Le paysage de l’Ille-et-Vilaine est apprécié à partir des éléments de nature qui le composent (note). La nature est depuis longtemps organisée et cultivée par l’homme.

Aussi, l’environnement naturel n’existe pas. Nature et paysage sont souvent confondus. En fait, le paysage de nature dessine notre rapport aux éléments de nature qui le compose. Si l’on parle de nature, c’est du fait de nos émotions, de nos désirs, de nos croyances, finalement de notre culture, qui nous ont à amener à croire naturels certains paysages. Les références, très présentes à la peinture romantique du XIXème, renvoient à une dimension sensible et une approche esthétique de la nature.

Aussi, la nature évoque, pour la plupart des Brétilliens enquêtés, un lieu particulier qu’ils nomment et, presque pour autant, le bord de la mer. L’espace boisé est également bien représenté. Ils retiennent le paysage des « landes de Paimpont », de la « zone humide », puis du « bout de littoral » préservé comme paysage de nature (note). Juste après vient l’allée en forêt. Ces paysages conservent un caractère « sauvage », parce que l’homme y intervient relativement peu. Le lieu où les répondants disent profiter le plus de la nature est corrélé à leurs pratiques de loisirs, à leur catégorie socio-professionnelle, à leur manière de pratiquer le territoire et à leur localisation.

Il est intéressant de noter la particularité des habitants du Pays de Rennes qui évoquent plus souvent que l’ensemble, le bord de mer comme lieu de nature. Ceux qui pratiquent leurs loisirs plutôt chez eux considèrent plus souvent leur résidence. Les ouvriers sont les plus nombreux à retenir un espace boisé comme espace de nature. Les habitants de petits pôles citent plus souvent que les autres les chemins, circuits et voies. Pour tous ou presque, cette nature est facilement accessible et ils s’y rendent souvent pour plus de la moitié, de temps en temps pour 44 %. Seuls les habitants du Pays de Rennes se distinguent par une moindre fréquence de fréquentation de cette nature.

Aussi, les Brétilliens considèrent et apprécient une nature proche d’eux, accessibles parce qu’elle ressemble à ce qu’ils en attendent, en connaissent, en perçoivent.

La proximité de la nature est valorisée par les Brétilliens enquêtés. Ils parlent des éléments de nature qui se trouvent dans leur jardin, autour de chez eux, sur leurs trajets quotidiens, dans leur lieu de loisirs (note). Les personnes interviewées racontent leur observation de détails, comme les changements liés aux saisons ou la petite faune qui s’en rapprochent. La proximité de cette nature les rassure sur l’état de l’environnement naturel en général. Les élus rencontrés soulignent la proximité d’espaces aménagés, protégés et accessibles pour tous. Ils regrettent cependant qu’ils ne soient pas plus fréquentés La proximité des éléments de nature renvoie à une qualité de paysages. Cette nature est apaisante, associée au bien-être.

« L’art du jardin, le plaisir qu’on peut prendre à regarder une planche de petits pois. C’est complètement idiot mais… ça on ne l’a plus ! Parce que les gens n’ont plus le temps, parce que c’est aussi la société qui a transformé les gens. » Acteur des collectivités

Les paysages de nature sont aussi ceux qui sont considérés par les habitants interrogés comme ayant le moins changé au sein du département (note). Leur permanence constitue même un des principaux éléments de leur appréciation.

Une nature foisonnante dans et autour de la ville

Le paysage de nature est recherché du fait d’activités quotidiennes qui se font désormais très peu en extérieur, et d’une mobilité qui nous détache de lieux particuliers. Voir la nature maintient des repères du temps et de l’espace. Elle nous rassure aussi quant à notre culpabilité concernant les méfaits de l’activité humaine sur la biodiversité.

Ainsi, les acteurs rencontrés, témoins des premiers remembrements des années 60 à 80, racontent que c’est alors que les arbres se sont multipliés autour des habitations. Ainsi, la nature est entrée dans l’espace urbain (note). A l’habitat est désormais systématiquement associé un espace végétalisé, dans l’espace privé ou dans l’espace public. La végétation est concentrée sur nos parcours, le long des routes et des chemins.

Les zones d’activités sont, elles aussi, ornementées d’un rideau végétal. Les élus rencontrés expliquent l’ « intégration paysagère » par la réalisation d’espaces plantés (qu’ils jugent plus ou moins excessifs). L’intégration urbaine aux paysages existants est difficilement envisageable.

En effet, les extensions urbaines, faites sans réflexion sur le rapport au paysage préexistant (notamment dans le rapport à l’environnement agro-naturel périphérique), ont fermé le cœur des agglomérations, les centres anciens, sur leur minéralité. Le voisinage d’une périphérie pavillonnaire interroge sur la création de nouveaux paysages urbains.

En Ille-et-Vilaine, souvent situés en hauteur ou traversées par des cours d’eau, ces centres conservent néanmoins quelques perspectives. Dans bon nombre de communes, les extensions urbaines récentes sont encore relativement peu étendues. Pourtant, le projet de paysage urbain n’est plus envisagé que par la végétalisation des voies et des places.

La végétation plantée justifie d’actions paysagères que l’urbanisation ne donne plus à découvrir.

Les apports perçus de la nature à la ville vont de l’embellissement à la continuité écologique, en passant par la sécurité routière, le bien-être des habitants, la lutte contre la pollution et les effets de serre.

Aussi, l’arbre (note) est de plus en plus présent dans l’espace urbain et à sa périphérie. A la fois isolé du paysage de nature et rapproché de l’activité humaine, ces valeurs sont exacerbées. Cette proximité l’érige en fer de lance de l’action public en matière de qualité environnementale et d’écologie.

Plusieurs élus détaillent les importants moyens qu’ils ont déployés pour soutenir un vieil arbre mourant. L’arbre est fort et « éternel » dans et autour des agglomérations, alors qu’il tend à disparaître au-delà. En effet, les environnementalistes s’inquiètent d’un bocage vieux et fragilisé, d’un renouvellement générationnel qui ne s’est pas fait et de la disparition à venir d’une grande partie du bocage existant.

Dans le contexte urbain, la végétation devient un mobilier. Plusieurs personnes, en particuliers celles issues du milieu agricole, remarquent que l’entretien de l’arbre est méconnu. Elles observent que l’on laisse de plus en plus les arbres grandir jusqu’à ce qu’ils nécessitent d’être abattus parce qu’ils débordent dans le découpage urbain ou menacent de tomber. Des aménageurs mettent en place des formations à la botanique pour dorénavant prendre en compte le développement de la végétation dans les projets urbains. Si la végétalisation de l’espace urbain s’est faite par les jardins privés, c’est aujourd’hui la collectivité qui la prend en charge.

Les élus l’expliquent du fait que les jardins privés sont plus petits et que les modes de vie détournent du travail de la terre (note). Ils se préoccupent du coût important de cet entretien, même réduit. En effet, dans les agglomérations et le long des voies, on laisse maintenant pousser de façon désordonnée, on tarde à entretenir pour donner à voir une nature « sauvage ». Au-delà de l’esthétique, cette gestion tardive attire une petite faune et favorise une certaine biodiversité. Ce rapprochement n’est pas sans engendrer des tensions entre les divers usages et usagers du sol.

Si elle offre des respirations et construit une certaine continuité à la ville, la végétalisation de l’espace urbain concoure à une représentation de la nature foisonnante.

Le paysage de nature comme vecteur de biodiversité

Les acteurs rencontrés mettent en avant la qualité des paysages de l’Ille-et-Vilaine, considérant en particulier l’importance des espaces agro-naturels. Mais les détails qui marquent l’évolution de l’environnement naturel sont peu visibles. Les spécialistes soulignent la nécessité d’un apprentissage pour lire l’évolution des éléments de nature dans notre environnement et pour les considérer en termes de paysage.

« Une vision très nature, idéalisée, patrimoniales, alors que le quotidien, ce n’est pas du tout ça. Leur paysage quotidien, c’est les lotissements des années 70-80, c’est les zones d’activités, les zones commerciales. (…) 90 % de ce qu’on voit, ce n’est pas le bocage, le canal, ce n’est pas ces milieux là. » Elu communautaire du Pays de Rennes

Aujourd’hui, les ensembles paysagers remarquables sont repérés et protégés en tant que milieu, pour leurs qualités écologiques. Les élus des territoires concernés évoquent les Espaces Naturels Sensibles. 6 % des habitants interrogées disent que c’est là qu’ils profitent le plus de la nature. Les zones Natura 2000 ou la Trame Bleu et Verte sont d’autres secteurs ou zones spécifiques repérés donnant lieu à des actions de valorisation mobilisant les acteurs locaux. Si ces lieux sont appréciés, ils restent souvent confinés, malgré les aménagements et les actions pour les apprécier dans leur environnement et pour y inviter un large public. Leur fréquentation semble insuffisante aux élus qui, considérant l’investissement des collectivités, dénoncent un éloignement inéluctable de la nature ; lié aux modes de consommation, aux pratiques de mobilité, au travail et aux loisirs effectués principalement en intérieur.

« On va vers des ruptures quand même très fortes nous aussi, parce que justement on ne tient pas notre place par rapport à la nature. (…) Les instituts ne veulent pas, ça prend du temps, les enfants ont des chaussures sales, les parents gueulent parce qu’ils ont du sable, vous ne vous rendez pas compte, dans la chaussure ! » Elu communautaire du Pays de Vitré

Malgré la facilitation de l’accès à ces milieux, la sensibilisation (note) se concentre sur l’observation des espèces et la transmission de connaissances scientifiques, par des panneaux d’interprétation ou des techniciens « animateurs nature ». Le paysage de nature n’est pas considéré.

Aussi, l’éloignement des paysages rend difficilement lisible les changements et la fragilisation de l’environnement de la nature.

Au cours des entretiens sur les paysages, ce sont principalement les spécialistes qui parlent de la raréfaction d’espèces. Des élus issus du milieu agricole observent néanmoins que certains chênes isolés souffrent du réchauffement climatique. Si les habitants sont sensibles à des étendues de l’eau dans le paysage, en dehors de l’hydraulicien et de quelques élus exploitants agricoles, peu notent la disparation de ruisseaux. Les acteurs environnementalistes soulignent l’enjeu d’une prise de conscience de ces changements pour la préservation de l’écosystème (dépendant de, mais aussi dont dépend, l’homme). Les changements sont visibles dès lors qu’ils engendrent des dysfonctionnements importants en termes de paysage.

Ainsi, les problèmes d’érosion des sols ont sensibilisé les élus et les agriculteurs à la destruction du bocage. Le paysage est d’ailleurs l’un des arguments pour l’action de constitution d’un nouveau maillage bocager. Mais si les élus lient l’action environnementale à la qualité des paysages, ils mettent en avant la première en présentant des objectifs à atteindre ou atteint.

« Une campagne sans haie, sans bocage, sans forêt, (…) Quand on parle d’eau et paysages, ça a la valeur de filtre et de maintien d’une eau dans notre coin. Parce qu’il faut maintenir l’eau, on ne fait plus trop attention à ça. Parce que l’eau c’est la vie, quoi qu’on dise. Quand il n’y aura plus d’eau, et on le voit de plus en plus malheureusement, les nappes phréatiques qui s’amenuisent ou qui se polluent (…) Et on a dans notre coin, à préserver nos paysages de façon à ce que l’eau n’aille pas directement à la mer. » Elu communautaire du pays de Saint-Malo

Les environnementalistes rencontrés s’intéressent à l’approche paysagère pour la protection des espèces dont ils sont spécialistes. Ils montrent que ces dernières s’inscrivent dans un milieu dont elles dépendent. Les milieux tendent à se fermer du fait de l’urbanisation et du développement des infrastructures, de la monoculture et de l’utilisation massive d’herbicides et de pesticides. Ce morcellement des milieux fragilise ces espèces, dans leur capacité à se reproduire et à s’adapter aux perturbations auxquelles elles sont irrémédiablement confrontées.

« Quand vous aviez des petites haies, vous aviez des oiseaux, des animaux. Il y avait des petites marres, il n’y a plus tout ça. Ça a disparu avec le remembrement. Aujourd’hui, il y a des grands champs, il y a des animaux peut-être, je ne sais pas. » Elu communautaire du Pays de Redon

Les participants aux ateliers par Pays pour la « définition des enjeux de paysage » observent que les unités de paysage correspondent aux bassins versants à l’échelle desquels s’organisent la réflexion et l’action de reconquête de la qualité de l’eau.

Le paysage, par la diversité de ses composantes spatiales, participe de la biodiversité. Il offre aussi une échelle de lecture visible par tous, alors que l’observation des espèces, a fortiori rares, nécessite souvent un œil aguerri.

La méconnaissance de paysages construits

Le paysage de nature est lu comme un espace de retrait, qui échapperait à la présence et à l’activité de l’homme. Cette appréciation tend à méconnaître le paysage de nature comme un espace construit par l’homme en vu de l’exploitation des ressources naturelles de notre environnement (note).

Ainsi, les forestiers observent et dénoncent la multiplication d’actes de vandalisme sur leurs machines au moment des grandes coupes du bois qu’ils ont planté pour être exploité. Les agriculteurs renvoient à la standardisation des modes de consommation et à l’éloignement du consommateur de la production lorsque le développement de grandes cultures et la réduction du bocage et des prairies sont montrés du doigt dans l’espace agricole. Les paysages associés à l’agriculture tendent à disparaître du fait, au-delà de l’abattage massif de haies dans le cadre de restructurations du parcellaire, de la moindre rentabilité des pâturages bocagers et la raréfaction d’une agriculture d’élevages bovins dans des pleins champs dédiés.

Les élus exploitants agricoles évoquent la politique de développement d’une filière bois-énergie locale. Ils estiment que la valeur ajoutée au bois-énergie risque de transformer le paysage, du fait de l’abattage de haie et de petits bosquets et le développement d’arbustes et de buissons (qui poussent plus rapidement). Certains environnementalistes s’inquiètent que l’on puise sur le linéaire existant, limité, fragilisé et mal adapté au gros outillage de coupe utilisé. La plupart expliquent que la filière est naissante. Elle reste peu concurrentielle face à la valorisation des déchets de l’industrie (papier, panneau, scierie), en particulier des paysages exportateurs de bois d’œuvre et représente des coûts de production important (liés aux outils de transformation et à l’organisation du transport) qui nécessitent de traiter des quantités très importantes.

« ça commence à devenir intéressant, la facture énergétique baissant, les exploitants commencent à avoir un regard différent sur ces haies là. (…) On sait très bien qu’il faut travailler sur d’autres énergies que les énergies fossiles, elles ont une fin. » Acteur environnementaliste

Si le chêne pédonculé souffre particulièrement du réchauffement climatique, il risque de disparaître du paysage brétillien du fait qu’il est de moins en moins utilisé en bois d’œuvre, parce qu’il est peu adapté pour les maisons contemporaines.

« On utilise de moins en moins de feuillus et donc c'est le conifère qui est employé pour faire des charpentes, des ossatures, pour des raisons de construction (…) Une charpente en chêne que vous posez sur des maisons modernes les murs vont s'écarter, donc on va utiliser des bois plus légers. » Acteur environnementaliste

Aussi, les comportements et les pratiques de consommation ont une incidence sur l’évolution des paysages. La standardisation des produits conduit à une certaine monotonie et impacte la biodiversité. 

Les agriculteurs et les forestiers craignent de voir des paysages « de nature » figés par un cadre réglementaire, alors que ces espaces sont cultivés. Ils s’inquiètent de la prise en compte de leur activité professionnelle. Les environnementalistes rencontrés observent que des milieux naturels non exploités aujourd’hui se ferment et que leur entretien est nécessaire (note). Ils expliquent le cycle de vie de l’arbre et la nécessaire régénération des espaces et linéaires boisés, au-delà de leur exploitation.

« On a un cormier extraordinaire dans une propriétaire, il a 400-500 ans, 24 mètres de haut. (…) Le bois va se creuser, il va y avoir des champignons dedans, et puis il est perdu. Il faut l’exploiter, le scier. Quand une pomme est mure, il faut la cueillir, un arbre c’est pareil. » Acteur environnementaliste « Le châtaignier pousse en 40 ans, vous faites 1 m3 sur 35 ans, pour du bois d’œuvre ! » Acteur environnementaliste

De plus en plus détachés de la production économique, l’entretien des paysages de nature existants est pris en charge par les collectivités territoriales et l’action, souvent bénévoles, des exploitants agricoles ou de citoyens. Les emplois dans ce domaine restent aidés ou précaires.

La construction, la gestion et l’entretien des paysages participent d’une économie peu reconnue.