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Des premières descriptions à l’identification des paysages remarquables

A la fin du XIXe siècle, guides touristiques et publications « savantes », mais aussi littérature et peinture, ont en partie déjà fixé les principales représentations des paysages et des sites d’Ille-et-Vilaine. Ils en ont aussi durablement donné les valeurs qui n’ont été que peu ou pas remises en cause depuis.

De la suprématie de la forêt à celle de la côte

La partition de la France en départements par la Révolution française en 1791 s’est accompagnée de la nécessité de mieux connaître les territoires par des travaux de recensement géographique, démographique et économique. En Ille-et-Vilaine, l’opuscule Statistiques du département d'Ille-et-Vilaine par le citoyen Borie, préfet, 20 nivôse an 9 de la République (note) donne une des premières descriptions du territoire à l’échelle départementale. Tout au long du XIXe siècle, guides touristique (note) et monographies départementales (note) terminent d’identifier et de reconnaître les principaux sites et paysages du département.

Des champs, des bois, des landes… et quelques sites d’intérêt patrimonial (1800-1830)

Au début du XIXe siècle, la moitié seulement du sol d’Ille-et-Vilaine est cultivé. Les bois, les landes, les terres incultes constituent le reste du territoire. Alors que l’objet du mémoire du préfet Borie est avant tout de faire un état des lieux économique et social du département, l’observateur de l’an 9 (1800), s’autorise la description de certains traits marquants du paysage :

  • Davantage qu'ailleurs en Bretagne, l’omniprésence des bois, des forêts et des haies. « Des cinq départements qui formaient la ci-devant Bretagne, celui d'Ille-et-Vilaine renferme le plus de forêts et de bois de toute espèce (…) toutes les terres sont tellement couvertes de bois, qu'au premier coup d'œil, le voyageur croit être au milieu d'une forêt perpétuelle. Mais ces bois, qui servent à la division des propriétés, ne sont propres qu'au chauffage, parce qu'en les émondant à des époques rapprochées, on les rend inutiles à toute espèce de construction » ;
  • La lande « de vastes plaines, incultes et sauvages, couvertes d'une faible bruyère et d'un petit ajonc bâtard, nommé pétrolle » ;
  • La digue et le marais de Dol, « terrain précieux pour ses récoltes abondantes ».
  • Les rivières et la côte n’ont pour l’observateur du début du XIXe siècle aucune valeur esthétique particulière et ne sont décrites que pour leur rôle ou leurs potentialités économiques (qualités de navigation, activités portuaires) ;
  • Quelques sites distingués pour leur intérêt culturel, signe d’une sensibilité naissante pour le pittoresque et le patrimoine, qu’il soit architectural ou historique.

Rennes est ainsi reconnue pour « ses édifices distingués », au contraire des « autres villes et bourgs du département [qui] n'ont rien de remarquable (...) ». Sauf Saint-Malo et son rocher qui, « cerné par la mer à toutes les marées à l'exception d'un sillon étroit, [est] l'ouvrage étonnant du génie du commerce », Bécherel qui « domine une grande étendue de terrain, et Fougères [qui] se distingue par son site pittoresque, sur un morne détaché des coteaux voisins, dont la vue commande à l'est une vue immense ». Et puis encore, La Roche aux fées, « un monument de superstition gauloise, composé de pierres énormes (...) », et, parmi les châteaux, « qui rappellent par leur forme et leur situation le régime féodal et les guerres qui ont désolé ce pays », celui « qu'habitait aux environs de Vitré Mme de Sévigné, le château des Rochers, à la faveur de ses lettres tendres et ingénieuses, [qui] échappera seul à l'oubli ».

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La côte, les vallées et le relief, valeurs du pittoresque (1830-fin XIXe siècle)

A partir du milieu du XIXe siècle, les principaux emblèmes du territoire départemental sont identifiés. Ils sont dès lors enrichis, affinés et vulgarisés par l’édition des guides sur la Bretagne qui accompagnent le développement du tourisme, essentiellement balnéaire (note). Ces guides, tout en facilitant la vie du voyageur ou du vacancier, participent à la fabrication d’une image globalement apaisée et accueillante de la Bretagne et mettent en valeur le territoire par des descriptions précises des paysages et des sites. Adolphe Joanne, rédacteur des guides qui portent son nom, consacre de nombreuses éditions à la Bretagne (note) dans lesquelles les principaux sites touristiques de l’Ille-et-Vilaine sont répertoriés. En 1878, il rédige aussi une géographie départementale (note). Il y fait une description assez détaillée des paysages.

Le relief, facteur discriminant du pittoresque

Pour Joanne, la valeur et l'attrait des paysages sont principalement donnés par le relief, facteur extrêmement discriminant :

« Le département est l'un des moins accidenté de France. Ce n'est pas qu'à défaut de montagnes les collines lui manquent ; mais ces collines sont généralement de faible hauteur ». Dans le centre et l’ouest, c’est un « pays de plateaux monotones, successions de plaines, de vallées peu accentuées, de rochers de granit, de talus schisteux, de coteaux bas, de prairies, de champs, d'étangs, de landes où restent encore debout de nombreux menhirs, dolmens et allées couvertes ».

Par contraste, le pays de Fougères est qualifié de « Suisse d'Ille-et-Vilaine » :

« Les petites chaînes dont [la colline de la Chapelle-Janson] est la cime culminante sont sillonnées de vallons étroits, tortueux, profonds, relativement pittoresques, et grâce à elles, le pays de Fougères est le plus varié du département, comme celui de Saint-Malo en est le plus beau grâce à la mer ». Il poursuit : « Dans l'ensemble, le département d'Ille-et-Vilaine est assez varié dans sa partie orientale qui, (sauf le massif de la forêt de Paimpont), est plus élevé que le centre et l'ouest, plus mouvementé, découpé en vallées plus profondes, plus pittoresques, et arrosée par un grand nombre de rivières et de ruisseaux

  • - L’attrait de certains sites de vallée comme ceux de la Vilaine est relevé : « Au dessous de Pont-Réan, au confluent de la Seiche, sa vallée devient une espèce de défilé sinueux entre des talus à pic, des roches, des collines boisées, sur ce point de son cours, la Vilaine est une fort jolie rivière, notamment aux environs de Bourg-des-Comptes, village qui jouit d'une célébrité méritée dans le pays, pour l'agrément, la grâce, la fraîcheur de ses paysages ».
  • - En images, seulement les villes et les monuments La campagne cultivée est rapidement décrite : « Les deux-tiers seulement du territoire sont cultivés ; le reste est occupé par des landes revêtues de bruyères et d'ajoncs, par des prairies et des bois », et son caractère principal noté comme étant celui d’ « un pays de petite culture ; la propriété y est très divisée. La plus grande partie du territoire est morcelée en une foule de cottages de quelques hectares, séparés par des haies et éparpillés de bouquets de bois et d'arbres fruitiers ». Adolphe Joanne consacre en revanche de longues pages aux villes et à leurs monuments (Rennes, Saint-Malo, Combourg, Vitré, Fougères et Vitré) qui seuls bénéficient d’illustrations.

 

A la fin du XIXe siècle, les représentations des paysages d’Ille-et-Vilaine sont en partie résumées par cette phrase de la Géographie d’Adolphe Joanne :

« Les curiosités naturelles manquent à l'Ille-et-Vilaine (…). Mais les bords de mer y sont admirables, de la Pointe de Château-Richeux à la baie du Frémur, et les sites gracieux abondent dans les vallées, les sites austères sur les plateaux et les landes