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Analyse paysagère de la Plaine de Jansé à La Guerche-de-Bretagne

La plus vaste des unités paysagères du département se présente comme une grande plaine agricole modernisée, aux vastes dégagements. Alors que les villes et les bourgs, peu nombreux, se concentrent surtout sur ses marges, la plaine se prolonge dans le territoire de la métropole rennaise dont elle constitue une partie du cadre agricole.

Limites et voisinages

Inscrite dans le bassin de Rennes, la plaine est limitée au nord-ouest par la partie urbanisée de la vallée de la Vilaine, bordée par la route de Paris (N157) qui appartient à l’unité de paysage de Rennes et ses environs. Plus à l’est, ce sont ensuite les reliefs du plateau de Vitré et des Marches de Bretagne qui bornent l’unité, selon une limite progressive. Au sud, la plaine est plus nettement limitée et dominée par les reliefs des plissements de Bain-de-Bretagne. La forêt de la Guerche et le massif granitique de la forêt du Pertre, qui correspondent aux limites du bassin versant de la Seiche, dessinent les limites de l’unité et du département. Cependant, les paysages de plaine se poursuivent à l’est, au-delà de la frontière bretonne, en Mayenne. A l’ouest, le paysage rural s’infiltre jusqu’à la Vilaine, entre les localités plus denses de l’agglomération rennaise, sans que la frontière soit identifiable avec précision.

Socle naturel

Si la plaine était une mer, elle serait calme, animée seulement d’une houle très ample et de faible hauteur : les reliefs ne sont pas très accusés, se résumant à de modestes ondulations. La morphologie peu contrastée est en effet typique des dépressions schisteuses d’âge Briovérien, surtout constituées de couches altérées en surface dont on perçoit mal l’organisation du fait des fréquentes variations du substrat géologique. Les vallées de la Seiche et de ses affluents (l’Yaigne, le Quincampoix) viennent également strier la plaine d’est en ouest, conformément à la pente générale orientée vers Rennes. Les boisements ne sont ni nombreux ni très étendus, et se limitent à quelques bois.

Motifs et structures du paysage

Une vaste campagne faiblement bocagère

La position de plaine dans le bassin rennais, les reliefs peu marqués, le dégagement visuel des grandes parcelles, l’importance des cultures, différencient cette unité paysagère. Après les remembrements, le secteur a presque pris l’allure d’un « openfield », même si les haies, plus rares que dans d’autres unités du département, restent toujours présentes. Du fait du dégagement des parcelles, le paysage prend une ampleur notable, les horizons s’éloignent. Dans le même temps, les composantes bâties qui, ailleurs, s’inscrivent dans la maille bocagère, se retrouvent ici beaucoup plus visibles et participent davantage au paysage. A l’ampleur des dégagements, s’ajoute l’effet d’ambiances répétitives qui se développement sur la dimension de la plus étendue des unités paysagères du département. La vastitude opère à l’échelle des perceptions locales ainsi qu’à celle des déplacements.

Les trois panoramas traduisent la double ampleur du paysage : le dégagement est notable pour chacun des points de vue, et les ambiances s’appliquent à un vaste territoire. Loin des clichés pittoresques, ce paysage est toutefois révélateur de la modernisation agricole de la région. La présence des sites agro-alimentaires, symbolisée par l’usine de Retiers, principal centre de recherche du groupe Lactalis, exprime la « modernité » de l’agriculture, sans être toutefois accompagnée de représentations reconnues.

Les bâtiments de l’agriculture moderne ponctuent le paysage, exprimant, avec les effets visibles du remembrement, les évolutions dont elle a fait l’objet. Ce sont cependant des images très éloignées du « pittoresque breton ».

Vergers de pommes à cidre : des vestiges et des motifs nouveaux

La disparition presque totale des vergers, extrêmement nombreux avant les arrachages des années 1950 (il s’agissait de la première région mondiale de production pour le cidre, dont Domagné reste un lieu de production), a accompagné le remembrement. Ces paysages de vergers n’ont pas non plus fait l’objet de représentations.

Le motif du verger a radicalement changé avec l’évolution de l’arboriculture. D’une part, les vergers d’autrefois étaient généralement des espaces mixtes de champs ou de prairies complantés avec une densité d’arbre assez faible permettant de laisser le passage pour la lumière… et les animaux. D’autre part, l’espace situé entre le houppier et le sol disparaît dans le verger moderne dont les arbres sont branchus depuis la base. L’échelle est également différente, les nouveaux vergers étant taillés assez bas pour faciliter la récolte.

Des vallées et des étangs visibles, les rivières plus discrètes

Alors que les principales rivières traversent la plaine d’est en ouest, elles sont peu sensibles dans les paysages. Elles ne sont pas accompagnées de voies qui permettraient d’en suivre le cours et, même lorsqu’une route les traverse, la végétation touffue des berges occulte bien souvent la vision des cours d’eau. Les bandes enherbées ménagées au bord des parcelles, le long des berges, constituent, lorsqu’on en connaît la signification, un des indicateurs de la présence des rivières. Il en est de même des coteaux que l’on peut distinguer au sein du relief presqu’uni de la plaine. En signalant les vallées, ils permettent également de ressentir la présence des rivières. En revanche, les quelques étangs qui accompagnent les sites de Marcillé-Robert et de Carcraon, le long du cours de la Seiche, apportent à l’unité paysagère des motifs d’eau sensibles.

L’ampleur et le dégagement des plans d’eau, les points de vue offerts par les voies à proximité, font des étangs de véritables motifs du paysage, appréciés des habitants, comme le suggèrent les cabanes de pêche à Carcraon.

Des villes en frange

Les principales localités situées à proximité des grands axes routiers prennent position plutôt à la périphérie de l’unité. Janzé et Retiers sont situées sur l’axe Rennes-Angers, tandis que La Guerche est desservie par l’axe Châteaubriant-Vitré. Argentré-du-Plessis est, quant à elle, en limite nord, proche de la RN 157 ou route de Paris. Au sud, Janzé, Retiers et La Guerche-de-Bretagne se succèdent dans une position d’articulation entre la vallée de la Seiche et les plateaux au sud. Les points de vue à partir bords des plateaux tout proches permettent de considérer ces villes dans leur paysage.

La plupart des localités occupent une position proche des sommets et des lignes de sources. C’est le cas de Janzé, Retiers, La-Guerche-de-Bretagne, Argentré-du-Plessis, Domalain, Domagné. Saint-Germain-du-Pinel est également en position haute qu’il partage avec le bois du Pinel. Ainsi, villes et bourgs apparaissent à l’horizon des paysages agricoles et en constituent des motifs.

De petites localités sont inscrites aussi à proximité des rivières, mais un peu à l’écart : Gennes, Availles, Amanlis, au bord de la Seiche, Bais et Piré-sur-Seiche (!), au bord du Quincampoix.

Autour des centres anciens, se sont développées des auréoles plus ou moins étendues de lotissements et d’activités qui sont aujourd’hui en contact direct avec le cadre agro-naturel. A La-Guerche-de-Bretagne, ces extensions prennent aussi la forme d’un étalement linéaire en continuité avec Ramée. A l’ouest, la plaine agricole qui constitue le cadre des localités situées dans l’influence de l’agglomération rennaise frôle au nord les développements urbains et d’activité associés à l’axe de la RN 157, route de Paris. Cependant, ces développements ne présentent que peu d’articulations avec le paysage agricole.

De nouveaux motifs : des éoliennes et un chantier TGV

Les éoliennes, peu nombreuses en Ille-et-Vilaine, se rencontrent dans cette unité paysagère écartée des paysages considérés comme « emblématiques » de la côte ou des vallées. Les centrales sont encore éloignées les unes des autres, et n’ont pas causé d’effet de mitage comme c’est le cas sur le plateau de Pontivy-Loudéac. Ainsi, les machines peuvent apparaître comme des « fabriques animées », mobilisant le regard dans l’étendue de la plaine.

La ligne de TGV Rennes-Paris est actuellement (été 2013) en cours de travaux, occasionnant un impressionnant chantier au nord de la plaine. L’échelle des dégagements laisse imaginer que le passage des trains à grande vitesse viendra animer la plaine, leur vitesse résonnant avec l’ampleur de l’espace. La plaine s’offrira comme paysage aux voyageurs, ce qui lui permettra ainsi de renforcer son statut paysager.