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Analyse paysagère de la Côte d’Émeraude du Frémur à la Rance

Avec les séquences urbaines emblématiques de Dinard, Saint-Briac, Saint-Lunaire, entre lesquelles s’intercalent quelques beaux espaces naturels, le paysage de la Côte d’Émeraude entre Frémur et Rance se présente comme un archétype du paysage balnéaire breton. Peinte, photographiée, dessinée sans discontinuer depuis la fin du XIXe siècle, cette côte balnéaire et très touristique côtoie cependant un arrière-pays moins connu où se mêlent espaces servants, zones de développement et paysages ruraux.

Limites et voisinages

Entre le Frémur à l’ouest et la rive gauche de la Rance à l’est, cette unité de paysage apparaît comme une enclave du territoire des Côtes-d’Armor en l’Ille-et-Vilaine. Elle se rattache à la fois à la côte d’Émeraude qui se poursuit vers l’est et au plateau de Penthièvre qui s’étend à l’ouest. A l’ouest, cette impression est confirmée par les perceptions paysagères qui intègrent dans l’unité de la Côte d’Émeraude l’ensemble de la vallée du Frémur, y compris ses parties costarmoricaines. A l’est en revanche, les versants donnant sur la Rance en amont du barrage, sont intégrés à l’unité de la Rance maritime. Au sud, la crête de Lesmont (située dans les Cotes-d’Armor) détermine un seuil de perception physique renforcé par l’effet de limite induit par le passage de la RN 175.

Socle naturel

Le socle est constitué par un plateau rocheux en bord de mer. Formé de roches granitiques métamorphisées et altérées qui se poursuivent vers le Clos-Poulet et les Côtes-d’Armor, ce socle détermine une certaine continuité paysagère entre l’unité et ses voisines tout en la rendant singulière par rapport au reste de l’Ille-et-Vilaine. Animé de faibles mouvements à son sommet, il est marqué par l’entaille de la vallée du Frémur à l’ouest, et par les découpes côtières et la ria de la Rance. Sur le rivage alternent plages et pointes, tandis qu’au large, la mer est animée de nombreux rochers et par les îles de Cézembre et des Hébihens. La nature marque aussi le paysage. Le phénomène des marées qui trouve ici son expression la plus forte en Europe modifie constamment le paysage, chaque jour et selon les saisons (hausses et basses eaux, grandes marées, mortes eaux).

Motifs et structures du paysage

La côte

Une côte touristique et fréquentée, mille fois représentée

L’attractivité touristique de la Côte d’Émeraude est intense, le secteur fait l’objet d’une fréquentation très importante. L’activité touristique s’accompagne d’une représentation foisonnante des paysages urbains et naturels où dominent les images côtières. La côte est entièrement dédiée aux activités balnéaires, de loisirs et aménagée dans ce but. Les plages sont toutes accessibles, équipées de cabines en été, nettoyées chaque matin, certaines équipées de piscines retenant l’eau de mer de la marée haute. Entre les plages, la promenade côtière est toujours possible, y compris devant les villas cossues de Dinard. A l'image de celle du Clair de Lune à Dinard, les promenades sont souvent traitées comme des jardins.

Une côte très urbanisée entrecoupée de précieuses séquences naturelles

Dinard, Saint-Lunaire et Saint-Briac présentent une urbanisation presque continue, du pont de Lancieux jusqu’au barrage de la Rance. Les interruptions naturelles n’en sont que plus précieuses : le golf de Saint-Briac, les pointes de la Garde-Guérin et du Nick, s’intercalent entre les façades urbaines des stations.

Un urbanisme balnéaire créateur de paysage

L’urbanisme balnéaire a créé des paysages qui s’appuient notamment sur l’architecture des villas et la végétation de leurs jardins. Associées au dégagement des plages, à leurs formes théâtrales, elles créent un paysage spécifique, identifiable, qui fait l’objet de représentations multiples : cartes postales, tableaux, photographies. Les galeries dinardaises présentent sans cesse le reflet des plages de la station dont les images viendront orner les murs des villas.

Les villas accrochées au socle rocheux par leurs soubassements lyriques, au ciel par les découpes de leurs toitures et la silhouette des arbres de leurs jardins, à la mer par leurs fenêtres gourmandes de vues, dialoguent avec les éléments de nature. Par l’unité que leur donne l’architecture d’Alexandre Angier, elles créent un véritable paysage. Cette intention, manifeste chez les initiateurs du lotissement, est confortée aujourd’hui par la reconnaissance des Villas de la mer comme un des paysages les plus emblématiques de la Côte d’Emeraude.

L’arrière-pays

Une campagne encore bocagère mais sous pression urbaine

Entre la côte et Pleurtuit, le territoire présente un caractère hésitant. Encore rural mais sous la pression d’une agglomération de 15 000 habitants, il est marqué par les effets de « franges urbaines ». Zones commerciales, routes, zones d’activité, aérodrome… bois de Ponthual, RD 168 « rétro-littorale », aérodrome… estompent le sentiment de campagne propre à l’arrière-pays. D’importantes « poches » rurales sont cependant encore présentes et accueillent une activité agricole, notamment maraîchère.

Les villages et les bourgs y présentent des structures souvent remarquables de longères orientées en fonction du soleil. Leur implantation sur l’espace public formule des paysages singuliers.

Mais globalement, l’attraction de la côte est telle que les campagnes, malgré leurs caractères bocagers, restent des « arrières » des villes côtières qui ne font pas l’objet d’articulations délibérées avec l’urbanisation.

Un maillage bocager décousu

Malgré des sols acides et un remembrement limité à un secteur sud (commune de Pleurtuit), les densités de haies sont faibles bien que, localement, leur présence puisse être plus importante comme à Saint-Lunaire ou Saint-Briac-sur-Mer. Le territoire se partage ainsi en zones de terres arables hétérogènes en partie occupées par des cultures légumières et quelques boisements, dont le bois de Ponthual. Dans l’ensemble, le maillage bocager est décousu, sans interrelation, sans réelle continuité. Il crée un paysage fermé qui combine un bocage où domine un sentiment d’intimité et un paysage semi- ouvert de parcelles de cultures de plus grandes tailles offrant des dégagements visuels. Ces paysages moins appréciables que ceux de la côte et suscitant moins d’intérêt valorisent pourtant l’unité.

Pleurtuit en progression

Du fait de la saturation de la côte et de la protection des zones naturelles, Pleurtuit, seule localité non côtière de l’unité, offre le visage d’une ville en expansion. A côté du centre-ville, une vaste zone de développement a vu le jour, encore en cours d’aménagement (2013).